15.02.2007
Marié, deux enfants, licencié...
En quête de capacité de production, le groupe Core entrait en 2002 dans le capital du producteur de plomb, Metalgroup. Pénalisée par la baisse des cours du zinc, accablée par une somme de « problèmes techniques », la situation financière de Métalgroup se dégrade rapidement. La maison-mère finit par reprocher à sa « fille » sa triste situation et agite la menace du dépôt de bilan. En janvier 2003, le coup de grâce est donné à l’entreprise, placée sous redressement judiciaire. Core refuse alors d’assumer ses responsabilités sociales et écologiques en arguant de sa position d’actionnaire minoritaire même si celle-ci lui a permis d’assurer le contrôle effectif de Métalgroup.
830 salariés sont alors menacés par une fermeture sans plan social. Beaucoup sont ouvriers peu qualifiés et peu mobiles. Pour certains d’entre eux, des problèmes de santé liés à leur travail viennent se greffer. L’Etat va même devoir se fader la dépollution du site. Pour tous, la colère liée à l’impuissance des politiques à trouver des solutions concrètes et durables, une fois passée les protestations de rigueur et l’intérêt de l’actualité. Les venues du sous-préfet s’espacent…
La menace est mise à exécution début 2004.
Deux ans plus tard, Joël, 52 ans, arrive en fin de droits. La cellule de reclassement ne lui a pas été utile, il n’a rien trouvé dans son périmètre sauf un peu d’intérim. Revendre la maison s’expatrier, tout ça, pas facile, déjà. Mais là, sans rien de solide…
Pourtant, les gars de la CFDT lui avaient dit : « tu dois signer un congé de conversion, au moins, tu pourras faire des essais dans d’autres boites tout en conservant pendant un an tes droits ».
Il a écouté les plus forts en gueule : toucher tout de suite un plus gros chèque de départ, c’était tentant et cela permettait de solder les traites de la maison.
Les mois vont être difficile avec le RMI et le petit temps partiel de sa femme. Avec elle, cela ne colle plus vraiment. Depuis quelque temps, ils font chambre à part…
Les enfants sont encore à charge. Le plus grand veut entrer à la fac mais ne sait pas trop quelle voie choisir. Vu le merdier en ce moment, il se dit qu’un IUT ou un BTS pourraient peut-être faire l’affaire. Mais rien n’est à côté et les 1000 euros de « chèque rentrée » du conseil régional ne vont pas suffire.
L’autre jour, Joël s’est fait tirer sa bagnole. On l’a retrouvé trois jours après dans un terrain vague. Carbonisée. Cette fois, c’est fini. Il n’ira plus voter pour le soce du coin. Pour la première fois depuis que les gars du Front font la sortie du supermarché, Joël s’est étonné de ne pas jeter leur tract.
Et puis, à force, on finit par les connaître. Ils ont toujours ce petit mot sympa avant de glisser leur papier entre deux packs de yaourt.
Le temps est orageux et étonnement chaud. Le vent souffle fort. Un trait de lumière perce un cumulus sombre. A la sortie du parking, le petit monté sur les épaules de son père reste scotché sur la vision de deux corbeaux qui se disputent un bout d’abat.
02:10 Publié dans classé X, Economie, entreprises, Environnement, Perso, Politique, politiques publiques, Social, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chômage, licenciement, reconversion, front national, rmi, usine




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