« Travailleurs clandestins : les bons, les brutes et les truands | Page d'accueil | Barack Obama puise dans son histoire personnelle les sources de son engagement »

06.05.2008

Baisse du chômage…alors pourquoi on fait la gueule ?

Le taux de chômage européen est tombé à un niveau jamais vu depuis vingt-cinq ans. Ce sont surtout les pays qui souffraient le plus du chômage qui sont arrivés aux résultats les plus spectaculaire. (…)

La première chose à remarquer est que si le chômage a baissé, on constate en revanche une augmentation des taux d'entrée dans le chômage. En d’autres termes, c'est surtout l’augmentation des sorties qui a permis la chute du chômage.

Deuxièmement, il y a eu une augmentation de la mobilité sur le marché de l'emploi. Cette augmentation est particulièrement sensible dans les pays qui ont connu les plus fortes baisses du chômage. Le paysage européen du marché de l'emploi semble ainsi bien différent des conditions sclérosées du début des années 1990.
(…)
Ces réformes ont créé un marché du travail à deux vitesses, concentrant le risque sur les travailleurs en CDD, avec en outre des asymétries durables dans les parcours et les carrières. On peut estimer qu’à long terme, jusqu'à un tiers des emplois relèvera de ces contrats flexibles. Ces asymétries et cette faible qualité de l’emploi sont un fort facteur de mécontentement.

Le mécontentement des Européens par rapport à leur marché de l'emploi est ainsi lié à une nouvelle distribution des risques et des gains, apparemment moins favorable. Les marchés de travail sont désormais plus « risqués », ce qui signifie une perte de bien-être pour les travailleurs qui subissent ce risque. Cela pose aussi le problème de la compensation de ce risque. C’est notamment ce qu’expriment les pressions croissantes, partout en Europe, pour un plus fort engagement de l'État en faveur des salaires.
(...)
Du point de vue de l’économie du travail, la meilleure réponse que l’on peut donner aux inquiétudes des Européens est même de décentraliser encore davantage les négociations salariales et de les rendre plus sensibles à la productivité. En effet, le risque est accru par le fait que toute transition sur le marché de l'emploi peut impliquer une importante perte de salaire. Or, les accords salariaux centralisés ont tendance à induire des ajustements automatiques. Changer d’emploi ou traverser une brève période de chômage empêche bien souvent de s’élever sur l’échelle des salaires. Une meilleure combinaison entre les risques et les gains peut alors être proposée, qui lierait de plus près les salaires à ce que l’on nomme techniquement la productivité (…) qui s’observe dans telle ou telle entreprise. Dans ces conditions, les transitions seraient plus souvent associées à un gain qu’à une perte de salaire.

En même temps, quelque chose doit être fait pour traiter le dualisme croissant en Europe entre emplois temporaires et emplois permanents.
(…)
Les gouvernements pourraient promouvoir une intégration par étapes sur le marché de l'emploi, qui introduirait progressivement de meilleures protections et éviterait ainsi la formation d'un marché duel. Les garanties de sécurité de l'emploi, sous la forme d'’indemnités obligatoire de licenciement, devraient augmenter avec l’ancienneté.

Enfin, le mécontentement des Européens semble s’expliquer par un échange (trade-off) entre la croissance de l'emploi et celle de la productivité. (…)

Il faut désormais atteindre l’autre rive : des parcours plus sûrs vers des emplois plus stables devrait être introduits, tandis que la négociation salariale serait décentralisée afin d’être liée de plus près aux gains de productivité.

Tito Boeri
Professeur d'économie à l'université Bocconi (Milan).
Fondateur et coanimateur du site La Voce. Une tribune publiée sur le site du « think-tank » Telos.

Commentaires

La décentralisation des négociations salariales : on peut être pour. Mais en France, avec la tradition étatiste + la faiblesse structurelle des syndicats (en termes d'adhérents, pas forcément de représentatitivité il est vrai) c'est encore irréaliste à mon avis.

Que dire aux salariés quand même Louis Schweitzer, le patron-de-gauche-protestant-sympa, se fait 7 millions d'euros grâce aux stock-options en une année ?
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/324706.FR.php

Ecrit par : Laurent | 07.05.2008

Ecrire un commentaire