26.10.2008

Gauche : an zéro

« La CGT, ils gueulent mais ils sont toujours du bon côté. A La CFDT, c’est un peu mou du genou mais ils finissent par pencher avec nous. Chez FO, par contre, c’est souvent du côté du patron ». C’est quasiment en ces termes que mon père, ouvrier-tourneur-fraiseur m’a donné mes premières leçons de géostratégie politique. Quelques années encore, avant de lire les Bourdieu, Marx et autres Crozier, mes fondamentaux sur la gauche et la droite se consolidaient à coups de fictions majeures qui marquèrent leur temps.



Depuis, les années Mitterrand, amendées Tapie puis révisées Sarkozy ont perturbé mon catéchisme que je croyais à toute épreuve. Alors que la gauche s’abstenait sur le RSA, la réforme la moins honteuse de ce gouvernement, elle approuvait dans la foulée le Grenelle de l’environnement. Le fallait-il ? On peut en douter car après avoir écarté de son champ d’application les cultures OGM et le nucléaire, la loi « assouplie » les normes d’isolation des logements chauffés aux convecteurs, l’article 9 fait sauter le plafonnement de la capacité routière globale de la France. Elle devient une possibilité de refaire des routes et des autoroutes « pour des raisons d’engorgement, de sécurité ou d’intérêt local ». Pour n’importe quelle raison, donc.

Bien sûr, on peut aussi plaider « le point d’appui » que cette loi constitue pour l’approuver. Trois députés écologistes se sont abstenus.

On retiendra surtout que dans cette période de crise intense, les positions incertaines de la gauche reflètent une panne générale de la pensée progressiste. Entre le camp du mouvement et l’activisme du Président, on ne perçoit qu’un vague dialogue sans contenu.


20.10.2008

Les finances des Régions sous tensions

La crise financière se propage aux collectivités locales. Pour les Régions, par exemple, dont le rôle sur l’investissement public est central, la hausse de 300 points de base des taux en moyenne depuis quatre ans commence à peser sur leurs comptes.


Pour la Région Ile de France par exemple, sur un stock de dette de 2,4 milliards d’euros indexés à 30% sur des taux variables ou révisables, une hausse de cette ampleur représente en rythme de croisière environ 24 millions d’euros de surcoût annuel, soit entre un quart et un tiers le produit de sa taxe locale d’équipement.

Sur fond de crise des établissements prêteurs du secteur public local (Dexia, Caisse d’Epargne…), des interrogations portent aujourd’hui sur la capacité des banques à assurer la totalité des ressources demandées en emprunt par cette clientèle réputée sans risques.

Mais cette mise sous tension des Régions est accentuée par des réformes récentes de l’Etat qui visent à le délester un peu de son déficit. Sur un total d’un peu plus de 20 milliards de recettes attendues en 2008 par ces collectivités :

- le prélèvement de l’Etat depuis 2007 sur le produit de la taxe professionnelle pour financer une partie du dégrèvement au titre de la réforme de la taxe professionnelle (plafonnement à la valeur ajoutée) s’élève à 320 millions d’euros en 2008 (contre 280 en 2007), soit en moyenne 6,5% de leurs recettes fiscales brutes.

- Le produit de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), indexé sur la consommation domestique de carburants connaît une faible dynamique en raison du changement de comportement des ménages à ce niveau. Les 1 à 2 centimes prélevés sur chaque litre de carburants par les Régions représentent environ 650 millions d’euros en 2008 mais ne viennent qu’en compensation des nouvelles charges transférées par les décentralisations Raffarin (Techniciens des lycées, formations médico-sociales…)

- La taxe additionnelle à la taxe d’apprentissage progresse faiblement…au rythme de la masse salariale des entreprises (650 millions d’euros en 2008) et le produit des cartes grises (+5% en 2008 à 2 milliards environ) est largement tiré par un « effet prix »

Côté dotations de l’Etat, c’est ceinture : elles ne progressent globalement que de 2% environ pour atteindre 5,3 milliards d’euros en 2008.

Les dépenses de gestion des Régions s’élèvent à environ 14,8 milliards d’euros en 2008 dont seulement 2,4 milliards de dépenses de personnel. Ces dernières sont en forte progression depuis 2004 en relation avec les nouveaux transferts de compétences et les coûts induits (harmonisation des statuts…).

Plus de 90% des dépenses des collectivités sont redistribuées et une minorité sert à faire fonctionner l’institution. Elles ont pour vocation essentielle à redistribuer ce qu’elles collectent ou prélèvent.

Mais précisément, cette fonction de redistribution est aussi critiquée.

Le débat sur l’évaluation des politiques publiques remonte en pointe au sein des assemblées sur fond de critiques appuyées de la Cour des comptes sur des compétences régionales et, en particulier:

- le développement économique
- la formation professionnelle

Dans un rapport récent, cette dernière compétence a fait l’objet d’une critique sur la dispersion et la complexité des dispositifs, l’inadéquation des besoins et de l’offre, les difficultés d’accès aux formations des publics concernés…

13.10.2008

Crack financier avenue Parmentier

Avenue Parmentier, on pourrait tenir un siège pendant plusieurs siècles et y vivre en parfaite autarcie. Loin des flashs spéciaux, les ravages de la finance globale se répercutent sur cette « petite Champs-Élysées » encore populaire et très commerçante de l’est parisien.
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Il y a quelques semaines déjà, la fleuriste du numéro 133 m’avait indiqué un repli soudain vers le bouquet garni, au détriment de la créativité de la patronne. Aujourd’hui, c’est le serveur du restau-sashimi attenant qui vitupère sur le rush sur les formules-brochettes à 7,5 euros le midi. Plus bas, la pharmacie de l’angle, côté pair, indique une demande inhabituelle de médicaments génériques. C’est au 115, que le patron de « La Fauvette » se fait le plus prolixe. Le tenancier du café-brasserie, quartier général des parents d’élèves du réseau RESF, est formel : « le plat du jour n’est plus accompagné du quart de rouge ». On a beau ici tenir le sandwich à moins de 4 euros, le café à moins d’1,5 euros, rien n’y fait. Même le couscous « à partir de 11 euros » ne connaît plus les tensions habituelles du samedi midi. Pire encore, quelques clients fauchés prétextent une conso au comptoir pour aller siroter leur café dehors, debout, en gênant ceux de la terrasse.

La crise du pouvoir d’achat ne fait pas que des malheureux. Petit répit pour le thon rouge en cette fin d’année 2008. Plus proche, dans la vitrine de l’agence Orpi, les annonces immobilières sont toujours comme poisson dans l’eau. Le 25 à 30 m2 à 750 euros mensuel est toujours barré d’un « loué » et le petit deux pièces « à rafraîchir » frôle toujours à la vente les 200 000 euros. A la supérette du coin, on croise toujours autant de visiteurs silencieux du soir et la chaîne de pizzas d’en face ne semble pas désemplir...

Mais c’est à la poste de la Rue des Goncourt que se prend le mieux le pouls du quartier. Dans les files d’attente toujours dignes d’un Capharnaüm, on sent comme une humeur plus fébrile qu’à l’accoutumée. Dans la courette de mon immeuble où les agents du tri font leur pause clope de 7h30, la discussion sur la multiplication des recommandés ces derniers temps m’avait mis sur la piste d’un indice.
Dans la cantine turque à proximité où les rares ouvriers (du bâtiment) viennent avaler des plats copieux à bon marché, l’énigme n’a pas fait long feu. Des messieurs aux costumes sombres et portant des têtes inconnues somment les concierges de leur ouvrir les bas d’immeubles.

Ils sont là. La dépression a déjà commencé.

10.10.2008

La démocratie et l'argent

Sur CBS et NBC, Barack Obama viendrait de réserver des écrans publicitaires records pour des vidéos commerciales à partir du 6ème jour avant le vote.

Selon le site Expriméo, « les chiffres ne sont pas encore publiés mais les records dans l'histoire des pubs commerciales seraient battus ».

La campagne présidentielle américaine se gagne sur le front de l’argent et Barack Obama est loin d’être dépourvu de côté là. Il a refusé le financement public ce qui lui permet de bénéficier des nombreux dons, notamment ceux des américains moyens, dans des proportions bien plus importantes que son concurrent.

Le professionnalisme de la politique américaine a un coût.
Derrière les images sans fautes des meetings de cette campagne présidentielle se cache une logistique quasi-industrielle. Ici, le « off » de la convention de Denver. Assez loin de l’impréparation permanente qui se dégage des campagne des Verts :o) mais d'un prix élevé pour la démocratie.


Mais les Républicains n’ont pas dit leur dernier mot. Le diabolique conseiller de Bush, Karl Rove, conserve ses cartouches qu’il réserve dans les derniers jours du scrutin, comptant sur la capacité d’oubli des électeurs. On sait les capacités ordurières de cet individu peu recommandable.

Alors que le candidat démocrate bénéficie des retombées de sa campagne axée sur les questions économiques, le sprint final restera malgré tout incertain.

Malgré l'omniprésence de l'argent dans les campagnes américaines, des espaces de débat sont accessibles : c'est le cas de la chaine publique
C-SPAN qui diffuse le récent débat entre Obama et Mc Cain

07.10.2008

Fiscalité : Delanoë à contre-temps

Le nouvel adjoint aux finances du maire de Paris a proposé aujourd’hui une hausse de 9% de la fiscalité locale en 2009. Ça fait un sacré revirement et une manière assez désinvolte de « cadrer » le débat d’orientation budgétaire qui a lieu deux mois avant le vote du budget. N’est-ce pas à l’issue du débat que doivent venir ces questions et en particulier, en abordant le document budgétaire à proprement parler ?

Mais ne boudons pas notre « plaisir ».
Souvenez vous . 2001. Tabou fiscal : pas de hausse des impôts pour le nouvel exécutif. Promis, juré : c’est Bertrand qui l’a dit, y’a pas intérêt à moufter dans les rangs.

Le projet de la précédente mandature s’est ainsi financé par un recours accru à l’emprunt, surtout dans la seconde partie du mandat. Aujourd’hui, la logique a montré ses limites car pour rembourser les charges d’emprunt, il faut bien mettre des ressources en contrepartie, et donc, « un peu de fiscalité ».

Sauf que ces +9%, s’ils avaient été mobilisés en 2001, cela représentait en glissement environ une fois et demie plus que +9% en 2009. Bein oui, parce que +9% en 2001, c’était un peu moins d’emprunts tous les ans entre 2002 et 2008 et donc moins besoin de fiscalité en 2009.

Je pinaille ?

A peine. Car, à cette erreur de pilotage budgétaire, s’en ajoute une autre, beaucoup plus importante.

En pleine récession, le maire de Paris se voit contraint de mobiliser plus de 100 millions de fiscalité supplémentaire dont une bonne partie sur les ménages.

Comme gestion à « contre-temps », on ne fait pas mieux. A défaut d’être contre le vent.

04.10.2008

40 millions d'américains sans protection sociale

Passé l’hyper centre, je contournais le quartier populaire de Tenderloïn, SF. Pour arriver à mon hôtel, je devais couper le long d’une ligne de tramway touristique et pénétrer quelques blocs d’allure un peu délabrée. Pensant raccourcir la distance, je m’engageais dans une rue qui me semblait déserte et me retrouvais en quelques dixièmes de secondes, étranger dans la ville.

Sans même tourner la tête, je découvrais une armée de hères. Quelques-uns, rares, poussant un chariot de supermarché regroupant tout leur bien. La plupart, assis ou allongés, cherchent un rayon de soleil.

Affublé d’un imperméable très européen, je n’ai pas besoin d’accélérer le pas pour me faire remarquer de ces soldats perdus et sans panache. Cheveux sales et emmêlés, visages rongés par des cloques, yeux remplis de cataracte, mains enveloppées dans des tissus protégeant du froid, chaussures désarticulées vissées aux pieds plaqués contre des bidons brûlant des détritus.

De ce passage dans ce no man’s land, je retenais un hurlement de douleur sorti d’un sous-sol. De ce parcours d’une centaine de mètres, je bifurquais en faisant dos à quelques centaines des 40 millions d’américains abandonnés et sans aucune protection sociale.

Quelques policiers à peine attentifs et une permanence médicale affairée rappelaient que nous étions dans une grande démocratie civilisée.

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