05.08.2008
Noël dans le train
« Le truc avec cette carte judiciaire, c’est qu’on répond à la dispersion des moyens de la même manière que sur les hôpitaux, tu finis par ne plus opérer dans les mêmes conditions selon ton lieu de travail… »
La petite dame semble trouver de bonnes raisons aux évolutions en cours.
La discussion embraye sur une vague comparaison internationale. On en profite pour commenter au passage la sortie du film « This is britain ». La deuxième classe du Paris-Amiens refait le monde et seuls quelques passagers assoupis y trouveraient à redire.
A cette évocation, replongée dans un souvenir du milieu des années 80. J’entrais au lycée en même temps que je découvrais le Thatchérisme dans ces années de feu.
4 semaines payées au trois quart par le comité d’entreprise de l’usine. Un séjour pseudo linguistique à Whistable, prés de Canterbury, Kent.
Un été 85. A peine descendu du bus qui m’emmenait dans une famille d ‘accueil, coursé par des zonards sur leurs « mobs » pourries, accueilli à cœur ouvert par une famille sans le sou. La famille : une mère, faisant 15 ans de plus que son âge vivant avec son fils que j’avais pris dans un premier temps pour son mari.
Deux jours pour s’acclimater à la bande du quartier, recluse dans une zone d’habitation. Pavillons rangés en damiers, tous en briques rouges.
Des maisons-boites à chaussures. Un escalier systématique à l’entrée desservant la pièce à manger et à dormir, les chambres à l’étage. Une salle de bains aux normes, obligée, pour les familles d’accueil seulement.
Bercé par la musique du rail, à peine secoué par un rire intérieur à la mémoire des crachats sur le téléviseur en voyant la Reine, des parties de "déconnes" limites à renverser des poubelles au bord de la Tamise, nuits de télé à regarder ce film culte de notre séjour, les gamins de 4 ans sur les genoux, les mères clopes aux becs, bières toujours à portée. Une leçon d'éducation par John Landis.
Cette angleterre-là, faite de violences sourdes sur les classes populaires, de chômage massif et de relégation, j’ai fini par la ranger sur un malentendu dans une case « meilleurs souvenirs ».
Des « fukin’ » aux voix rauques, des tartines-tomates au beurre de cacahuète comme seule nourriture, des desserts impossibles à la copine folle de « Wham », je passe Creil sans m'en apercevoir.
Quelques pensées fugaces se résument le plus souvent à des coupes de cheveux de Lady Di comme formant des vagues dans les rues de Canterbury. Une ville cathédrale, débordant de ses étudiants en uniformes capés et cannés. Les différences de classe se portent en trophées.
La veille du Baccalauréat, Ennis et Shaun, le fils de ma « famille d’accueil » et un de ses potes débarquaient chez moi. Minuit passé, pas un contact préalable. Ils avaient vendus leur téléviseur pour se payer l’aller sur Bordeaux.
De leur bref séjour, une course dans la rue commerçante principale, une larme versée par Ennis au barbecue avec de la vraie viande, l’évocation de l’an passé qu’on ne retrouverait jamais.
Et cette mélodie fulgurante du groupe post-punk qui résonne encore dans Bordeaux l’anglaise. A jamais, capitale de la new-wave et celle de mon adolescence.
Des anglais viennent en foule flâner sur les berges de la Somme. Je les écoute dans mon trajet domicile-travail, étrange mélange de rêveries et d’époques. Au son d'un mp3 au volume trop fort, une remontée nostalgique pas trés saine.
Ennis a vendu tout ce qu’il avait pour monter son entreprise de lavage de carreaux. Puis jamais entendu parler. Des éclats de rires dévoilant des dentitions aléatoires, des amitiés fraternelles, le quotiden à remplir pour fuir un futur improbable. C’est dans la case du bonheur que j’ai rangé l’année 1985.
Un pays s'écroulait et nos nuits passées dans le cimetière de whistable, nous mations, allongés, les étoiles.
00:05 Publié dans classé X , Perso , Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-marc pasquet, 1985, vacance, codes sociaux
16.05.2008
Une trilogie Française : Fadela, 34 ans...
Fadela fait des ménages. C’est sa profession.
Cela commence à 4h45 dans un immeuble d’assurance à la Défense. Cela implique qu’elle se lève vers 3 heures.
Fadela dit qu’elle a de la chance par rapport à ses collègues. Son trois pièces est en bout de ligne de RER, à « seulement » 45 minutes de son premier lieu d’embauche.
Puis elle embraye à 6h dans une chaîne de salle de sport, à côté de Nation. Avec un peu d’avance sur son heure, elle pique parfois un somme de 10 minutes à même le sol, juste à côté des douches des vestiaires femme.
7h15. Fin de sa première journée. Elle croise les premiers clients du gymnase. Il y en a un qui est gentil. Il lui dit toujours bonjour en arrivant. Elle refile chez elle, voit défiler Paname du train. Elle aime bien cela. 8h. Elle arrive juste pour lever ses trois enfants quand ils prennent la classe à 9 heures. .Sinon, c’est sa voisine qui s’en occupe ou sa sœur, c’est selon.Toilettes.
10 heures. Les courses, en voiture puis direction l’hypermarché de son agglomération, pour un mi-temps. Fin d’après-midi : là, elle va chercher systématiquement sa progéniture. Le collège est excentré, il faut reprendre la bagnole qui commence à rendre l’âme. Goûter. Pas d’aide pour les devoirs : Fadela s’est arrêtée au primaire. C’est le plus grand qui s’occupe des autres.
Difficile de tenir ces trois-là. Vers 19 heures, Fadela pique déjà du nez. Demain, c’est rebelote. Coucher à 20h30 au plus. Le petit reste souvent devant la télé. Il doit dormir dans la même chambre que sa sœur plus âgée d’un an. Disputes fréquentes. Difficultés pour se concentrer à l’école. Le plus grand, Karim, va chez ses copains. Il a promis de rentrer avant le coucher de sa mère. L’adolescence arrive. Les emmerdes aussi. Il sait qu’il est « pas comme les autres ». Déjà, le boulot de sa mère, mais là, on lui a déjà fait la gueule dans les boîtes du coin pour son stage de fin de troisième.
La fin du mois arrive, c’est pas dommage.
Salaire net, 950 Euros à tout casser. Les allocs n’arrivent pas à 45O Euros au total. C’est pratiquement tout côté recettes. Pas droit aux APL. L’année de la base de calcul, les revenus de Fadela étaient justes au-dessus du plafond. Fadela dit qu’elle n’est pas à plaindre, qu’« il y a plus malheureux »..
Dés le 2 du mois, il faut en sortir 700 pour le loyer sec, rajouter les charges.
A peu prés 100 Euros par semaine pour la bouffe. Trois bricoles. Ne pas s’écarter. Souvent des pâtes, une fois pare semaine de la viande, jamais de fruits, très peu de légumes. Ce mois-ci, ça ne va pas passer. Il va falloir choisir entre la bagnole et la facture d’électricité. Putain de convecteurs. Le mois prochain, on éteindra tout après le lever des drôles. Impossible de renoncer au RER ou c’est la fin. Or, il faut penser à changer les chaussures de la petite, régler la note de la cantine, avancer la piscine…
Il va falloir arrêter le Mac-Do le samedi.
11:40 Publié dans classé X , Culture , Social , Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : racisme, vie chère, transport, smic, temps de travail, vie dure, classe sociale
15.02.2007
Marié, deux enfants, licencié...
En quête de capacité de production, le groupe Core entrait en 2002 dans le capital du producteur de plomb, Metalgroup. Pénalisée par la baisse des cours du zinc, accablée par une somme de « problèmes techniques », la situation financière de Métalgroup se dégrade rapidement. La maison-mère finit par reprocher à sa « fille » sa triste situation et agite la menace du dépôt de bilan. En janvier 2003, le coup de grâce est donné à l’entreprise, placée sous redressement judiciaire. Core refuse alors d’assumer ses responsabilités sociales et écologiques en arguant de sa position d’actionnaire minoritaire même si celle-ci lui a permis d’assurer le contrôle effectif de Métalgroup.
830 salariés sont alors menacés par une fermeture sans plan social. Beaucoup sont ouvriers peu qualifiés et peu mobiles. Pour certains d’entre eux, des problèmes de santé liés à leur travail viennent se greffer. L’Etat va même devoir se fader la dépollution du site. Pour tous, la colère liée à l’impuissance des politiques à trouver des solutions concrètes et durables, une fois passée les protestations de rigueur et l’intérêt de l’actualité. Les venues du sous-préfet s’espacent…
La menace est mise à exécution début 2004.
Deux ans plus tard, Joël, 52 ans, arrive en fin de droits. La cellule de reclassement ne lui a pas été utile, il n’a rien trouvé dans son périmètre sauf un peu d’intérim. Revendre la maison s’expatrier, tout ça, pas facile, déjà. Mais là, sans rien de solide…
Pourtant, les gars de la CFDT lui avaient dit : « tu dois signer un congé de conversion, au moins, tu pourras faire des essais dans d’autres boites tout en conservant pendant un an tes droits ».
Il a écouté les plus forts en gueule : toucher tout de suite un plus gros chèque de départ, c’était tentant et cela permettait de solder les traites de la maison.
Les mois vont être difficile avec le RMI et le petit temps partiel de sa femme. Avec elle, cela ne colle plus vraiment. Depuis quelque temps, ils font chambre à part…
Les enfants sont encore à charge. Le plus grand veut entrer à la fac mais ne sait pas trop quelle voie choisir. Vu le merdier en ce moment, il se dit qu’un IUT ou un BTS pourraient peut-être faire l’affaire. Mais rien n’est à côté et les 1000 euros de « chèque rentrée » du conseil régional ne vont pas suffire.
L’autre jour, Joël s’est fait tirer sa bagnole. On l’a retrouvé trois jours après dans un terrain vague. Carbonisée. Cette fois, c’est fini. Il n’ira plus voter pour le soce du coin. Pour la première fois depuis que les gars du Front font la sortie du supermarché, Joël s’est étonné de ne pas jeter leur tract.
Et puis, à force, on finit par les connaître. Ils ont toujours ce petit mot sympa avant de glisser leur papier entre deux packs de yaourt.
Le temps est orageux et étonnement chaud. Le vent souffle fort. Un trait de lumière perce un cumulus sombre. A la sortie du parking, le petit monté sur les épaules de son père reste scotché sur la vision de deux corbeaux qui se disputent un bout d’abat.
02:10 Publié dans classé X , Economie , entreprises , Environnement , Perso , Politique , politiques publiques , Social , Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chômage, licenciement, reconversion, front national, rmi, usine
17.01.2007
Le "Libé" de lundi dernier annonce le premier loft politique virtuel
Fluctuat, le magazine culturel en ligne lance aujourd’hui Partis de campagne, un blog qui réunit sept militants des différents partis en lice pour la présidentielle. Avec Bruno, militant UDF, Auvergnat d’origine, qui a fait des études d’urbanisme, Quentin, militant PS, étudiant en sociologie, Pierre, militant UMP, qui mène des études de sciences politiques et vient du Sud, Jean-Marc, militant vert qui a fait des études administratives, Adrien, originaire d’Amiens, qui milite au PCF et Yves qui milite à la LCR après plusieurs années passées au DAL, l’association du droit au logement. Seule fille du lot, Marie Adélaïde, étudiante en droit milite pour le FN et dit faire partie de la « génération 21 avril 2002 ».
« L’idée, c’est de faire cohabiter dans un même espace les différentes tendances, les posts des militants s’afficheront dans l’ordre d’arrivée sur la même page, explique le responsable Daniel de Almeida. Les blogs politiques pullulent mais chacun défend sa position dans son coin, ils sont partisans, prêchant à des convaincus, sans qu’il y ait de dialogue ou de confrontation des idées entre les courants. » Les jeunes militants ont été recrutés par le biais de connaissances ou l’entremise des fédérations. « Nous avons privilégié les militants de base, qui sont familiers des nouveaux médias et disponibles » précise le chef de la rubrique politique. Les sept blogueurs encartés ont carte blanche pour raconter leur campagne. « On leur a demandé de donner leur point de vue personnel et de ne pas se faire les porte-voix de la communication politique de leur parti, sinon, ça risque de devenir vite très ennuyeux », commente le responsable. A bon entendeur...
Partis de campagne complète le blog politique de Fluctuat qui décrypte l’actualité de la campagne, éclairé par une partie magazine et un forum. En attendant, on peut toujours se régaler avec les chansons des campagnes passées
01:05 Publié dans classé X , Liberté d'expression , Politique , Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Libération, loft, politique, militants, débat, fluctuat
13.01.2007
Secrets de famille parce que c'est samedi soir
Il y a eu ce mariage.
Déjà qu’à l’approche de la trentaine, ca craignait un peu, mais là…
A la veille de la cérémonie, patatras. Vas te faire foutre. La mariée annonce qu’elle se barre, comme ça, sans raison.
On avait pourtant tout prévu : la maison louée par trop loin de celle des beaux-parents, la cuisinière, un splendide jeu de serviettes et ses gants assortis, tout le bastringue de la cuisine, les tasses et cuillères, un chien.
Par terre.
C’est quoi ce bordel ? Putain, je me suis pris une de ces rouste quand j’ai posé la question.
Il semble que la mariée ait couchée avec les boches en 42, qu’elle a eu deux trois copines gouines en 46, entretenue une relation avec un commerçant juif et communiste pendant quelque temps aussi, juste avant l’Algérie. Ce sans quoi elle a remis le couvert avec un "bougnoule" dans les Aurès qui plus est domestique de sa relation militaire du moment. La liste.
En 1962, on avait déjà atteint le quota.
20:25 Publié dans classé X , Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : secrets de famille, histoire familiale, enfance, aprés guerre, mariage
30.12.2006
Conte de noël (2), la course
Un cageot. Il en saisit un qu’il s’agit de livrer comme chaque jeudi aux Delmas.
Mais cette fois, c’est vendredi en raison de l’empêchement exceptionnel du visiteur du soir, la veille.
Une famille Bordelaise qui dispense par ailleurs l’éducation religieuse à leur fils.
La course est gratuite. Elle compense le temps passé par la Mère Delmas à la catéchèse du petit. Elle évite à cette veuve le trajet jusqu’à l’épicerie, la file à la caisse et le port des victuailles. La livraison lui fera la semaine. On sonne à l’entrée de l’appartement Bourgeois d’un beau quartier de la Ville. Tout est calme et sans passage. Le pavé vernuré marque un écho sec sous les pas même quand il a plu.
Il faut toujours attendre une bonne minute avant que la vieille vienne ouvrir. Parfois, se reprendre à plusieurs fois sur la sonnerie, voire frapper de la main en fer adossée à la porte.
La Delmas est toujours d’une humeur froide et courtoise. Elle fait rentrer ses coursiers, le père accompagné du fils, leur fait déposer le cageot sur le guéridon de l’entrée. Elle pointe le contenu grâce à une liste immuable écrite sur un papier craquelé.
Le père lui indique les primeurs à consommer le plus rapidement, souligne les variations de prix intervenues « à cause de l’inflation ». Il lui donne connaissance des nouveaux produits –rares- mais la Delmas aime à être au fait des nouveautés dont elle fait rarement l’acquisition.
Par quel tour de passe-passe arrive-t-elle à déposer dans le cendrier de l’entrée la pièce de cinq Francs qui récompense la course ? Est ce dans le laps de temps qui sépare notre passage dans sa cuisine pour lui faire signer la facture et le moment où elle nous fait ses politesses en nous raccompagnant sur le seuil de la porte ?
Cette fois, le mystère n’aura pas lieu. Dehors, je demande à mon Père si c’est lié au fait que nous avons livré avec un jour de retard.
- Celui qui court le plus vite !
Nous rentrons au pas de course jusqu’au passage clouté qui fait face au commerce familial. Il fait nuit. Nous sommes hilares. L’émission de « variétés » va bientôt commencer.
On est bien.![]()
21:05 Publié dans classé X , Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conventions sociales, différences sociales, fraternité
28.12.2006
Conte de Noël
De l’aspect formel.
Le papier en tête est blanc, de petit format, les lignes sont apparentes. L’écriture est appliquée et légèrement penchée vers la droite. Les formules de début et de fin sont connues par cœur.
Ce vieil enculé de notaire doit ouvrir notre courrier en pensant que c’est le préfet qui le requête. Un Haut fonctionnaire, étranger aux règles de présentation formelle, aux dimensions du papier à lettre et au sur-lignage bien connu des écoliers et de nos arrières grand père.
Le Père n’a pas achevé de former sa première lettre qu’elle est déjà bonne pour le panier. Des dizaines de courriers sans accusés de réception, construits à coups de centaines d’heures d’écriture pour finir en pot de vin partagé avec notre avocat.
Membre du Barreau de Bordeaux et du Lion’s Club. Adhérent assermenté des réceptions à la Mairie ou aux kermesses de l’école catholique. C’est un notaire du cru.
Il vient passer à la maison ce soir, après la fermeture du petit commerce familial. « A l’heure du café » même si il n’est pas, ici, coutumier d’en prendre.
A 20 heures précises, il pénètre dans notre cuisine-salle à manger qui fait aussi salle d’eau.
Nous avons mangé deux heures plus tôt afin qu’il ne nous surprenne pas faire la vaisselle. La mère a même fermé l’épicerie avant la normale. Le père est rentré vers 17 heures de l’usine, a repoussé au lendemain toutes les livraisons auprès des particuliers. Il s’est tout de suite affairé à faire les comptes du jour, puis à la fermeture du magasin, pour se consacrer enfin à rassembler tous les papiers de l’affaire.
Le gros Monsieur s’assit sans qu’on lui demande et sort de sa serviette un dossier dans une chemise rouge vif. Il ressemble à un docteur et en a le sérieux. Il va nous soigner. Les présentations sont expédiées.
On a demandé au fils d’aller dans sa chambre « faire ses devoirs ». Il s’exécute et, assis devant sa table de travail, devine au travers de la cloison le son de voix de désaccord. Une senteur forte transperce les murs. Dans le couloir qui mène vers la chambre du fils, des volutes d’une consistance inhabituelle donnent à la lumière de l’ampoule une couleur indistincte. Le fils dessine machinalement des cercles sur un papier de brouillon mais c’est l’autre côté du mur qui capte son attention.
Au bout de quelques minutes, un silence traverse toute la maison. Juste après, le bruit des chaises dont les pieds s’entrechoquent signalent la fin des palabres. C’est ce moment que le fils choisit pour regagner la cuisine-salle à manger qui fait aussi salle d’eau.
Le visage des parents est blanc et marqué par un rictus de politesse destiné au gros Monsieur. La grimace se devine d’autant mieux qu’elle est vue en contre plongée.
Le costume du notaire est d’une étoffe jamais vue. Les lignes qui le traversent lui donne une minceur et une élégance qui ne sont pas les siennes. Il se tient droit et parle d’une voix rayée et forte. La fumée vient de lui et laisse encore une empreinte forte dans l’air. La serviette est calée sous une aisselle alors que son autre bras dessine des cercles. Ses gros doigts s’agitent nerveusement et contredisent le ton assuré des phrases assénées. Il s’engouffre dans les derrières du magasin et cherchent nerveusement la sortie. Il n’a pas vu le fils qui le suit et dans lequel il a manqué de se vautrer.
Les parents sont sans réponse. Leur tête acquiesce vaguement aux promesses de nouveaux rendez-vous.
Il fuit.
Des débuts de phrases sont lancés d’une voix blanche et trébuchante. Le père cherche ses mots en reprenant certains vocabulaires du gros Monsieur dont ils n’ont pas compris la signification exacte. Il implore grossièrement un sentiment de complaisance de sa part.
Il faudra encore raquer pour la jouissance des murs. Le notaire a suggéré une enveloppe pour déboucler la situation. Sans cela, il sera impossible d’installer un téléphone et pis encore, de casser une demi cloison pour agrandir la surface d’entreposage. A répartir entre toutes les parties. L’avocat de la famille qui n’a pas souhaité se déplacer et un employé « bien placé » d’un organisme consulaire sont compris dans cette prébende. Il faut pourtant s’y résoudre. Sans ces quelques aménagements, c’est la vie qui sera impossible au magasin et probablement une perte sèche de chiffre d’affaires.
- Quelle cochonnerie ce cigare !
Le père ne se remet pas de l’odeur persistante qui flotte encore dans son commerce et gueule.
- T’es vraiment qu’une merde.
C’est une bonne conclusion. Une heure pour en arriver là. Point final de la mère à son mari devant le fils.
La nuit n’a pas suffi à évacuer cette « saloperie » d’odeur de cigare. Les cageots de livraison sont broyés sur les bords et subissent les contrecoups de la contrariété paternelle. Plus cette nausée persistante depuis la veille. Une digestion difficile et le remord éternel d’avoir sa vie là.
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02:00 Publié dans classé X , Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bourgeoisie, mépris de classe, névrose de classe, codes sociaux, domination


