06.08.2008

Kerouac : on the road again

Cinquante ans après la publication de "Sur la route", proches et universitaires évoquent le mythe de l'écrivain Jack Kerouac.

Le 5 septembre 2007 a marqué le cinquantième anniversaire de la publication de "Sur la route", roman de Jack Kerouac emblématique de la génération d’après-guerre. Avec ses portraits vigoureux d’une jeunesse vibrante mais aussi perdue en pleine guerre froide, il a été précurseur du mouvement Beatnik et de bien des changements culturels radicaux qu’ont connu les Etats-Unis dans les années 60. Sans surprise, le mythe qui entoure Kerouac et ce roman est aussi obscur que fascinant. A l’occasion de l’anniversaire de "Sur la route", Slate s’est entretenu avec une poignée de gens qui ont bien connu Kerouac à l’époque de l’écriture du roman et juste après sa publication, et aussi avec des spécialistes de premier plan de cette période.

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Joyce Johnson, auteur de Personnages secondaires, et petite amie de Kerouac à partir de 1957-1958.

Avant toute chose, "Sur la route" est un classique de la littérature américaine. C’est un livre merveilleux. Le talent et le ton si particulier de Jack ne peuvent qu’avoir du succès. Et ils restent si présents aujourd’hui. C’est ce qui était irrésistible à l’époque: dans les années 50, les gens contenaient tous leurs sentiments, et la culture n’était qu’une source d’intenses frustrations. Quand Jack a publié "Sur la route", tout comme quand Allen Ginsberg a publié "Howl et Kaddish", ce fut comme si quelqu’un avait retiré une soupape. Le public avait attendu longtemps que quelqu’un écrive toutes ces choses. Je pense que c’est pourquoi le succès a pris si rapidement.

Quand j’ai rencontré Jack, j’avais 21 ans. J’avais rencontré Allen Ginsberg via mon réseau de l’université de Columbia, quand j’étais étudiante au Barnard College. Il connaissait mon amie Elise Cowen. Allen revenait juste de San Francisco; c’était l’automne 56, et avec son amant Peter Orlovsky, ils habitaient chez Elise; Jack lui aussi rentrait de San Francisco. En janvier, Allen s’est mis en tête d’organiser un rendez-vous entre Jack et moi -pas pour la bagatelle mais parce que j’étais un oiseau rare: j'habitais seule dans mon appartement.

Un soir, alors que j’étais chez Elise, le téléphone a sonné. C’était Jack qui appelait de la 18e Rue. Il disait qu’il était dans un restau de la chaîne Howard Johnson’s et me demandait si je voulais le rejoindre. Je le reconnaîtrais à sa chemise à carreaux rouge et noire. J’étais enchantée parce que je venais de lire "Avant la route", alors que j’avais du mal à partir de chez moi -et c’était justement le thème du livre.

Tout de suite, j’ai compris qu’il était d’une trempe spéciale. Il ne ressemblait à personne à New York. Il avait un teint un peu rouge et une chevelure noire de jais. On aurait dit un homme des bois. Je l’ai trouvé étonnamment timide au début mais au fur et à mesure de la conversation, quand il a découvert que j’étais moi aussi écrivain, il a commencé à parler. Je lui ai dit que j’aimais Henry James et il n’était pas du tout d’accord avec moi.

Comme souvent, Jack était complètement fauché le soir où je l’ai rencontré. Il lui restait exactement cinq dollars. Il m’a expliqué qu’il avait entendu dire que j’avais un appartement près de l’université, a ajouté "j’adore le quartier", et m’a demandé si on pouvait monter le voir. Je lui ai répondu "si tu veux" et je me rappelle qu’on a marché jusqu’au métro, où il y avait une nouvelle pub de la TWA qui disait "Volez maintenant et payez plus tard". Alors Jack a désigné l’affiche du doigt et m’a dit que ce serait un bon titre pour mon roman.

Sterling Lord, agent de Jack Kerouac et PDG de l’agence littéraire Sterling Lord Literistic Inc.

J’avais seulement deux ans de plus que Jack. On s’est rencontré en 1951. Nous venions de milieux très différents, mais avant même que je ne lui décroche le moindre contrat, j’ai compris que cela marcherait bien entre nous. Nous avions beaucoup de respect l’un pour l’autre. On ne passait pas tant de temps que cela ensemble, mais c’était toujours intéressant d’être avec lui. C’était un homme sensible, qui prenait l’écriture au sérieux -il s’y adonnait depuis l’âge de 11 ans- même s’il savait faire montre aussi d’un délicieux et subtil sens de l’humour.

Il aimait beaucoup évoquer les écrivains célèbres du siècle précédent. Quand il en avait l’occasion, il discutait avec ma femme Cindy, diplômée de Radcliffe et très cultivée, qui partageait son intérêt pour la plupart des grands maîtres de la littérature.

Jack peignait aussi et pas mal du tout. Il a réalisé un portrait fort et marquant du Cardinal Montini (le futur pape Paul VI, ndlr), que j’ai adoré quand je l’ai vu chez lui. Immédiatement, il nous l’a prêté pour une durée indéterminée. Le cadre ne faisait pas loin d’un mètre de haut et nous l’avons accroché au milieu du salon. Le cardinal n’avait pas posé pour lui. Jack s’était inspiré d’une photo publiée dans le magazine Life.

Jack avait beaucoup de facettes différentes. Après que Gallimard, la célèbre maison d’édition française, a acheté les droits de "Sur la route", Claude Gallimard, le patron, s’est rendu à New York et a invité Jack et sa mère à déjeuner. Jack parlait son français du Canada évidemment et il a passé le plus clair de la soirée à expliquer à l’illustre éditeur que c’était lui qui ne s’exprimait pas correctement. J’ai toujours regretté de ne pas avoir été là.


Carolyn Cassady, artiste, auteur de "Sur ma route", ex-femme de Neal Cassady (compagnon de route de Kerouac, NdT), et à l’origine du personnage de Camille dans "Sur la route".

Jack était beau. Un portraitiste -enfin, moi du moins- remarque toujours ce genre de choses. Dans "Sur la route", il écrit que Bill Tomson m’a ramassée dans un bar et m’a amenée à l’hôtel, mais ce n’est pas vrai. Je ne vais jamais dans les bars toute seule. C’est lui que Neal a conduit à l’hôtel où j’habitais, pour qu’on se rencontre. Ensuite, bien sûr, il y a eu une certaine attirance entre nous, mais comme il le disait, "Neal t’a vue en premier". Il a fallu un bon moment avant qu’il ne se passe quelque chose entre nous. On croyait tous les deux à la monogamie -enfin, à l’époque.

Pendant des années, j’ai refusé de lire "Sur la route" parce que je ne voulais pas savoir ce qui s’était passé pendant ce fameux voyage. Et quand je l’ai enfin lu, j’ai trouvé que Jack avait une façon tout à fait particulière de célébrer toutes les formes de vie. Ces rivières, ces montagnes, les noms indiens, les routards... il ne jugeait rien ni personne et s’émerveillait simplement de tout ce qui était vivant. Cette glorification de la nature - ça m’a paru vraiment unique.

Notre génération réagissait aux horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Ce que Neal et lui essayaient vraiment de faire, à travers leurs lectures et leur mode de vie, c’était de comprendre. Que faisons-nous tous, ici-bas? A quoi sert la vie? Ils cherchaient à comprendre "ça". Et il y avait un paquet de gens que ça préoccupait aussi. Leur grande quête, c’est celle qu’on a tous, au fond. Puis les hippies sont arrivés. Ils pensaient que Jack leur avait donné la liberté de transformer le monde en chaos. Ils s’imaginaient qu’il leur donnait "carte blanche" (en français dans le texte, NdT) pour être égoïstes. C’est pour cela que Jack a voulu se noyer dans l’alcool.

Apparemment, personne ne se rend compte à quel point nous étions des gens conventionnels -tous, on avait grandi dans des maisons victoriennes. Jack était fils d’immigrés (de la vieille Europe, NdT). Neal et lui étaient de parfaits gentlemen. Ils respectaient les femmes. Ils étaient empreints de valeurs surannées.

On se méprend souvent sur le compte de Jack. Les gens s’imaginaient que c’était un poète sérieux. C’est en effet l’impression qu’il donne sur certaines photos. Mais en réalité, c’était à la fois une bombe sensuelle, un champion de football et un abruti. Il passait son temps à faire des grimaces et des voix débiles. Il lui arrivait d’être parano, mais dans l’ensemble, c’était plutôt un type espiègle. Je ne l’ai jamais vu avec un air vraiment sérieux, même s’il touchait souvent le fond. Il était terriblement complexé et timide.

Naturellement, c’est une des choses qu’il admirait chez Neal -Neal n’était que grâce et agilité. Les contraires s’attirent. Jack était le spectateur, Neal l’acteur. Evidemment, tout sort avec violence sous sa plume, parce que c’est ainsi qu’il le ressentait. Mais il n’aurait jamais pu se comporter de cette façon lui-même. Il était aussi plein de compassion et de gentillesse.

Lawrence Ferlinghetti, poète et co-fondateur de City Lights Books (célèbre librairie et maison d’édition de la culture beatnik de San Francisco, NdT).

En réalité je n’ai pas très bien connu Kerouac. J'ai passé deux jours avec lui à Big Sur (sur la côte californienne, NdT). Je lui avais prêté mon petit bungalow, pour l'aider à se libérer de l'alcool. Il a alors écrit le roman intitulé "Big Sur". Mais à part ça, je n’ai jamais vraiment traîné avec lui, sauf à la librairie. Puis on a travaillé ensemble sur deux de ses ouvrages de poésie, et pour le "Livre des Rêves". Mais tout ceci au moyen d’une correspondance minimale.

La route n’existe plus en Amérique. Reste l’énorme nostalgie de ce que c’était. C’est l’une des raisons pour lesquelles "Sur la route" est plus populaire que jamais. Kerouac écrit sur une Amérique qui n’existe plus et sur un esprit de l’Amérique qui n’existe plus.

Cet esprit de la route sans limite, qui faisait partie intégrante de la littérature américaine -on le retrouve chez Whitman, Jack London, Ginsberg, et d’autres. L’Amérique de "Sur la route", est presque une Amérique d’avant-guerre. Elle ressemble à celle du livre de Thomas Wolfe, "L’Ange exilé". C’est avec ce livre qu’on s’est vraiment compris, Kerouac et moi. Le héros s’appelle Eugene Gant. Il y a des passages merveilleux où il est décrit traversant l’Amérique, sur fond de crépuscule, et regardant cette Amérique à travers la fenêtre d’un train.

C’est plus ou moins la vision que Kerouac en avait, sauf que lui, c’était vu d’une voiture lancée à pleine vitesse. Quand Kerouac est mort, tout ce qui restait de cette époque c’était quelques vieilles gares routières poussiéreuses pour Greyhound (mythique ligne d’autocar reliant diverses villes des Etats Unis, NdT), dans des bleds paumés.

Bien sûr, "Sur la route" a d’autres immenses qualités. Le sens du récit de Jack est merveilleux -ce qu’il perdra plus tard, avec "Big Sur". Il perdra toute sa joie de vivre (en français dans le texte, NdT), sa gaîté, son côté effréné, son charme. Il ne restera rien. Quand il a écrit "Big Sur" il était vieux, et fatigué.

Charlie Peters, ex-rédacteur en chef et fondateur de la revue Washington Monthly

C’est Allen Ginsberg qui m’a présenté à Jack Kerouac. Et c’est par les yeux d’Allen que j’ai vu Jack. Allen était non seulement un excellent poète et un bon ami mais aussi un maître dans l’art des relations publiques. C’est lui, plus que quiconque, qui a rendu les beatniks célèbres, avec des descriptions extraordinaires de ses compères au sein du mouvement.

Quand j’ai vu Herbert Huncke pour la première fois par exemple, c’était juste une petite frappe. Mais Allen l’a doté de qualités irrésistibles pour le monde littéraire, ce qui a permis à Herbert de déployer un talent qui lui vaudra plus tard une belle nécro sur trois colonnes dans le New York Times.

Allen m’a dit que Jack était une version moderne de Huckleberry Finn, un prototype d’homme sans artifice, sans inhibitions. Et bien sûr, à l’époque pour Allen, "sans inhibitions", ça voulait dire bisexuel.

Un jour que je participais à une soirée chez Jack, celui-ci m’a emmené dans sa chambre, en me disant qu’il avait des photos à me faire voir. Elles montraient de jeunes garçons arabes dans différents états d’abandon sexuel et avaient sans doute pour but de m’émoustiller. Ca ne m’excitait nullement mais je ne voulais pas vexer Jack. Non seulement je l’appréciais vraiment pour ce qu’il était, mais je venais juste de lire "Avant la route" et je respectais sa vocation d’écrivain. Alors j’ai tenté de changer de sujet et j’ai demandé comment s’appelait la jolie fille que j’avais remarquée dans le séjour. Loin de montrer une quelconque irritation, Jack a souri et a dit: "Elle vient de Mount Airy, en Caroline du Nord et travaille pour United Press. Je vais te présenter".

Bref, Jack était tout simplement adorable -le genre de type sympa que vous voulez avoir comme ami. Je n’ai su que plus tard les tourments qui rodaient sous la surface, mais je ne les ai jamais repérés sur le moment. Un jour, il a dit quelque chose qui est resté gravé dans mon esprit et qui a eu une grande influence sur ma vie. C’était "vis avec le minimum". Je ne connais pas de meilleur conseil pour vivre la vie que l’on veut, plutôt que celle que nous dictent les circonstances.

Lawrence Ferlinghetti.

L’autre lien qui m’unissait à Kerouac est que tous deux parlions français avec nos mères. Sa mère était franco-canadienne. Et pour ma part j’avais vécu en France et parlé le français avant l’anglais. C’était avant qu’il ne termine l’écriture de "Big Sur". On était assis sur la plage à Big Sur, et il avait, comme toujours, un petit carnet à spirale dans sa poche poitrine. Il m’a dit: "Que dit la mer?". Alors j’ai dit: "Les poissons de la mer parlent breton." (en français dans le texte, NdT) "Quoi?" a-t-il dit. "Les poissons de la mer parlent breton", ai-je traduit. Et c’est devenu le dernier poème du recueil.

"Sur la route" n’est pas un roman conventionnel. C’est pourquoi il est si difficile d’en tirer un film. Coppola a embauché quatre scénaristes différents qui se sont tous fait virer parce qu’ils voulaient placer une intrigue dans l’histoire. Il n’y a pas d’intrigue. C’est un roman de la route, une aventure picaresque à la Don Quichotte. Jack s’est vraiment lâché. Plus jamais il n’écrira comme cela par la suite. Mais c’était un bon écrivain. Il savait mettre en avant sa personnalité sans se dévoiler trop.

Dans "Les Clochards Célestes", il y a un passage dans lequel il décrit une fête à Mill Valley, en Californie, avec un luxe de détails et où il dépeint un personnage satirique inspiré de Kenneth Rexroth, surnommé "Cacahuète", en français, dans le livre. Kerouac a participé à cette fête, mais il était allongé par terre et tout le monde a cru qu’il s’était évanoui. Plus tard, il a raconté dans le livre toutes les conversations qu’il avait entendues.

Carolyn Cassady

La plupart des gens ne se rendent pas compte de tout ce qui est inventé dans "Sur la route". Je viens de finir de lire le manuscrit original. Bigre, Neal [Cassady, qui a servi à créer le personnage de Dean Moriarty] y apparaît comme un fou furieux plus ou moins indomptable.

Mais Dean Moriarty est très différent du vrai Neal Cassady. C’est juste un aspect de lui. Le plus remarquable chez Neal c’était sa mémoire photographique et son savoir. Il avait lu plus que Kerouac et Allen Ginsberg et il se souvenait d’absolument tout. On dit souvent que Jack avait une mémoire formidable, mais en réalité, il devait prendre des notes. Personne ne s’intéresse à l’intelligence de Neal. On préfère parler de sa sexualité ou et de ses excès. C’est pour cela que j’ai essayé dans mon livre ["Sur ma route"] de montrer sa soif d’apprendre.

Paul Marion, auteur du recueil de poèmes "What Is the City?" Et de l’anthologie intitulée "Atop an Underwood: Early Stories and Other Writings by Jack Kerouac".

Je n’avais jamais entendu parler de Jack Kerouac jusqu’à l’annonce de son décès en une du Lowell Sun en octobre 1969. J’étais alors en seconde et j’ai rapidement découvert que ma mère avait grandi près de la famille Kerouac et que mon père était allé à la même école catholique que lui. On venait de la même communauté franco-canado-américaine, de la paroisse Saint-Louis des Français. Il me rappelait mon oncle Pinky, le frère de ma mère, qui s’était enfui de la vieille ville ouvrière pour travailler dans un hippodrome de Californie.

La route de Kerouac commence à Lowell, dans le Massachussetts. Comme l’eau des chutes de Pawtuckets sur la rivière Merrimack, qui alimentait les turbines des usines au XIXe siècle, la culture multi-ethnique typiquement américaine de la ville faisait fonctionner l’imagination de Kerouac. A l’âge de 18 ans, il écrivait: "On se rend compte qu’un homme peut monter dans un train et n’arriver jamais à destination. Qu’un homme n’a rien qui l’attend au bout de la route, que la route a tout juste un point de départ -la maison". Il a fait de Lowell une capitale littéraire de renommée internationale. Dites "Lowell" à Chicago, à Moscou ou à Rome, et ne vous étonnez pas si on vous répond "Kerouac".

A Lowell, Kerouac a subi des influences qui ont façonné sa vie et son œuvre: les histoires de famille, les discussions polyglottes entre voisins, les films, les BD, le théâtre populaire, le sport, les feuilletons radiophoniques, les grandes œuvres empruntées à la bibliothèque municipale, les journaux et même l’encre d’imprimerie. De son imprimeur de père, il disait: "J’ai passé le plus clair de mon temps libre après l’école dans l’imprimerie et la salle de rédaction de mon père, produisant des publications de mon cru sur la vieille machine à écrire…" Son grand projet d’écriture était de raconter son histoire et celle de sa génération, de dire à quoi cela ressemblait d’exister en Amérique au milieu du XXème siècle.

Carolyn Cassady.

Ce qui m’écœure c’est que tout le monde en réclame un bout. On publie le moindre gribouillage de Kerouac comme si c’était du grand art, on publie ses poèmes comme si c’était de la grande poésie. Ca ne valait pas un clou mais on s’en sert juste pour faire de l’argent avec. Même moi! J’ai écrit un livre de souvenirs. Mais bon, j’ai connu tout ceci il y a longtemps et je crois que les gens doivent savoir. Pauvre Jack.

Il a dit, à moi et à d’autres, qu’il avait l’intention de mourir en se noyant dans l’alcool. Sur la fin il était si grossier, ordurier et vulgaire -on ne pouvait que regretter le Jack d’autrefois. Le Jack qu’il aurait pu être. Ces deux hommes, Neal et Jack, auraient pu être tellement plus grands. Et je ne me retrouverais pas comme ça toute seule!

Joyce Johnson

Jack a dit un jour quelque chose de terrible sur lui-même: qu’il avait besoin de sentir l’extase à tout moment, que rien d’autre ne comptait pour lui. Et il y parvenait avec la drogue, le sexe ou l’écriture. Mais bien sûr, personne ne peut vivre comme ça tout le temps. Entre deux périodes d’extase, il y avait des gouffres de désespoir. J’ai l’impression, pour avoir lu très attentivement ses lettres, qu’après cet exploit que fut l’écriture vertigineuse de "Sur la route" en à peine trois semaines, il s’est vraiment épuisé durant les six années suivantes à sortir des livres écrits sur des périodes très courtes et intenses. Et entre chaque livre, il s’effondrait. A l’époque où je l’ai rencontré, il était devenu très fragile.

Ses sentiments au sujet de "Sur la route" étaient mitigés. Forcément. Il a senti que le manuscrit d’origine avait été trahi par le polissage et la mise en forme finale. Viking (la maison d’édition de Kerouac, NdT) redoutait par dessus tout la diffamation et l’obscénité. Ce n’était pas une période propice pour publier un livre comme "Sur la route". Ils ont vraiment retravaillé le manuscrit et aussi le ton employé par Jack -notamment cette éditrice du nom d’Helen Taylor. Et quand ils ont finalement envoyé à Jack un exemplaire relié, il n’avait pas eu l’occasion de voir la plupart des changements effectués. C’était une négation de ses droits fondamentaux d’écrivain.

Viking ne l’a pas traité avec respect. Mais leurs chemins allaient bientôt se séparer. En fait ils ont rejeté trois autres manuscrits écrits dans l’intervalle, des livres dont il estimait qu’ils étaient plus importants encore que "Sur la route". C’est scandaleux que certains de ses autres livres soient si méconnus. Le meilleur de ces livres de la fin est "Big Sur".

Parce qu’il s’était fait un réputation d’auteur "spontané", on ne le prenait pas au sérieux comme écrivain accompli. Pourtant il y avait une esthétique rigoureuse dans ce qu’il faisait. "Visions de Cody" est un livre plus difficile sur la forme. Mais merveilleux. Son écriture est empreinte d’une incroyable musicalité, d’un vrai sens de la sonorité. Son approche de l’écriture est vraiment celle d’un poète -le son, le rythme, la mesure, tout cela était terriblement important pour lui. J’espère que les gens pourront dépasser la sempiternelle vision du mode de vie beatnik, et commenceront à se rendre compte à quel point Jack était un artiste conscient de ce qu’il faisait, et qui travaillait dur.

Sterling Lord

La publication de "Sur la route" a changé Jack en surface. A partir de ce jour, il a dû affronter de nouveaux démons -la réaction du public, la célébrité, la notoriété. Mais dans ses quelques rares moments de quiétude, on pouvait, encore, entrevoir le vrai Jack Kerouac.

Traduction: Catherine Segal

Sources: Slate et Rue 89

05.08.2008

Noël dans le train

« Le truc avec cette carte judiciaire, c’est qu’on répond à la dispersion des moyens de la même manière que sur les hôpitaux, tu finis par ne plus opérer dans les mêmes conditions selon ton lieu de travail… »

La petite dame semble trouver de bonnes raisons aux évolutions en cours.

La discussion embraye sur une vague comparaison internationale. On en profite pour commenter au passage la sortie du film « This is britain ». La deuxième classe du Paris-Amiens refait le monde et seuls quelques passagers assoupis y trouveraient à redire.

A cette évocation, replongée dans un souvenir du milieu des années 80. J’entrais au lycée en même temps que je découvrais le Thatchérisme dans ces années de feu.



4 semaines payées au trois quart par le comité d’entreprise de l’usine. Un séjour pseudo linguistique à Whistable, prés de Canterbury, Kent.

Un été 85. A peine descendu du bus qui m’emmenait dans une famille d ‘accueil, coursé par des zonards sur leurs « mobs » pourries, accueilli à cœur ouvert par une famille sans le sou. La famille : une mère, faisant 15 ans de plus que son âge vivant avec son fils que j’avais pris dans un premier temps pour son mari.

Deux jours pour s’acclimater à la bande du quartier, recluse dans une zone d’habitation. Pavillons rangés en damiers, tous en briques rouges.

Des maisons-boites à chaussures. Un escalier systématique à l’entrée desservant la pièce à manger et à dormir, les chambres à l’étage. Une salle de bains aux normes, obligée, pour les familles d’accueil seulement.

Bercé par la musique du rail, à peine secoué par un rire intérieur à la mémoire des crachats sur le téléviseur en voyant la Reine, des parties de "déconnes" limites à renverser des poubelles au bord de la Tamise, nuits de télé à regarder ce film culte de notre séjour, les gamins de 4 ans sur les genoux, les mères clopes aux becs, bières toujours à portée. Une leçon d'éducation par John Landis.

Cette angleterre-là, faite de violences sourdes sur les classes populaires, de chômage massif et de relégation, j’ai fini par la ranger sur un malentendu dans une case « meilleurs souvenirs ».

Des « fukin’ » aux voix rauques, des tartines-tomates au beurre de cacahuète comme seule nourriture, des desserts impossibles à la copine folle de « Wham », je passe Creil sans m'en apercevoir.

Quelques pensées fugaces se résument le plus souvent à des coupes de cheveux de Lady Di comme formant des vagues dans les rues de Canterbury. Une ville cathédrale, débordant de ses étudiants en uniformes capés et cannés. Les différences de classe se portent en trophées.

La veille du Baccalauréat, Ennis et Shaun, le fils de ma « famille d’accueil » et un de ses potes débarquaient chez moi. Minuit passé, pas un contact préalable. Ils avaient vendus leur téléviseur pour se payer l’aller sur Bordeaux.

De leur bref séjour, une course dans la rue commerçante principale, une larme versée par Ennis au barbecue avec de la vraie viande, l’évocation de l’an passé qu’on ne retrouverait jamais.

Et cette mélodie fulgurante du groupe post-punk qui résonne encore dans Bordeaux l’anglaise. A jamais, capitale de la new-wave et celle de mon adolescence.

Des anglais viennent en foule flâner sur les berges de la Somme. Je les écoute dans mon trajet domicile-travail, étrange mélange de rêveries et d’époques. Au son d'un mp3 au volume trop fort, une remontée nostalgique pas trés saine.

Ennis a vendu tout ce qu’il avait pour monter son entreprise de lavage de carreaux. Puis jamais entendu parler. Des éclats de rires dévoilant des dentitions aléatoires, des amitiés fraternelles, le quotiden à remplir pour fuir un futur improbable. C’est dans la case du bonheur que j’ai rangé l’année 1985.

Un pays s'écroulait et nos nuits passées dans le cimetière de whistable, nous mations, allongés, les étoiles.

03.08.2008

Life 2.0


Life 2.0
envoyé par manukeo

31.07.2008

Femmes précaires, seules en ville...

Un soir, sur France 2, un docu pas banal, réalisé par Marcel et Julien Trillat, coproduit par France 2 et la région Aquitaine.

Portraits d'une ouvrière agricole déclassée, une femme de ménage qui court quelques heures de boulot entre plusieurs supermarchés, des caissières notées en fin de mois sur la base du nombre de "merci monsieur, merci madame" ratés...

Des moments de repos, des courses au supermarché, de quoi dépenser, les bons mois, les 200 ou 300 euros qui restent une fois déduit le loyer, les charges de l'appart' ou du pavillon.

Des gamins qui "dégustent", la langue hésitante, le vocabulaire approximatif, des résultats scolaires ni bons ni mauvais.

Une beurette adolescente, à la diction impeccable, pour elle, c'est double ration. Déjà, le délit de sale gueule pour trouver un stage, pas toujours insidieux. Genre : "euuh, vous êtes bien mais on en a déjà comme vous...".


Pour elle, la licence pro accessible en se saignant, l'école de commerce inaccessible, la prépa trop chère, le parcours trop long pour être financièrement supportable.

Pas de quoi affoler la France télévisuelle. Après la grippe aviaire, les émeutes, on a zappé sur la femme du président, le délit d'initié d'EADS.

Cette moitié de France qui vit entre 400 et 1 400 Euros par mois n'est pas une priorité des programmes de télé et du discours politique. Cette France du "non" et des fins de mois difficiles n'interesse pas les élites politiques endogames.

Un "mix" de mesures fiscales pour les CSP+++ et quelques miettes pour les "classes dangereuses" à la sauce militaire et à l'arrière gout de zone franche, voilà la belle perspective!

Il y a à peu prés deux ans, Eric Maurin décrivait dans son "ghetto français" (éd Seuil, la rép. des idées) les phénomènes de déchirements de la société qui traversent TOUTE la société et pas seulement ses franges.

Une société hantée par le déclassement, son environnement social immédiat, qui contourne les politiques publiques, les cartes scolaires, le quartier qui craint moins que le voisinage "moins bien que soi", qui choisit "ses
voisins et les enfants de ses voisins".

On le voit bien, la mixité sociale peut entrer par la porte des politiques publiques, ce sont les individus qui la fuient par les fenêtres.

Des choix subtils qui se déclinent jusqu'au pâté de maison. Des choix individuels sur lesquels se brisent les politiques territoriales, trop dispersées, trop aveugles aux stratégies d'évitement des citoyens, trop
impuissantes aux mouvements dans les quartiers. Du moins, pour ceux qui peuvent en bouger. C'est un fait, ces politiques s'avèrent impuissantes même si elles ont peut être évitées le pire.

09.07.2008

« Eldorado » ou la surprise à trois bouts de ficelle

Pour vous consoler des débats de fond au PS, courrez donc voir « Eldorado ». Une réalisation très « road-movie » pour une histoire intimiste pleine d’humanité. Deux personnages auxquels on a envie de s’attacher (et au réalisateur aussi qui doit être furieusement déjanté) au hasard de rencontres pleines de folies. Un scénario d’une écriture épurée avec une mention spéciale pour le couple à caravane, quasi-muet, qui a failli étrangler de rire toute la salle.


Une pépite Belge qui nous sort du film français sur les névroses à St Germain.

06.06.2008

Obama à Très Grande Vitesse

Des cous qui s’allongent, des yeux qui s’ouvrent grand, des conversations qui s’interrompent. Du VRP à la blague facile, de l’homme d’affaire qui toise le contrôleur au groupe de lycéens sifflant leur bière : la réaction est la même. Le titre en caractère gras en « une » de mon quotidien a transformé le wagon-bar du Le Mans-Paris en une petite Amérique. « Barack Obama sera le candidat des démocrates » et, d’un rien, tout ce petit monde se liguerait pour me dérober ma lecture.



En ouvrant mon courrier de la SNCF adressé aux « grands voyageurs », découverte de mon bilan carbone. 7 kilogrammes depuis le début de l’année. Alors que je pensais avoir fait 40 fois le tour de la terre, mon transport ferroviaire aura fait économiser à la planète l’équivalent de plusieurs centaines de litres d’essence. CO2 dégagé par le surplus de conversation dans le wagon-bar du TGV inclus.

On regardera attentivement la seconde moitié de la vidéo (vers la neuvième minute). Le candidat s’exprime devant une partie de ses équipes sur des sujets de fond avec une intensité rare.

28.05.2008

C'est l'histoire d'une pancarte

En marge du Festival de Cannes, se tenait le "Short Film Corner", co-organisé par l’Office national du film du Canada et récompensant une œuvre amateur diffusée sur internet. Parmi les 650 films sélectionnés, les internautes ont élu court-métrage de l’année "L’histoire d’une pancarte", du Mexicain Alonso Alvarez Barreda.

24.05.2008

Politique et autres peaux de bananes

Dans cette entreprise de gosses s’agrippant à ce vieux tramway de Lisbonne du quartier populaire de l’Alfama, je voyais quelques ressemblances avec cette petite gauche qui se cherche un peu partout, tentant de faire dévier un peu de sa route le train social-démocrate.

En vain. Jusqu’à maintenant et depuis mes premiers engagements il y a maintenant vingt ans, que de tentatives avortées et d’intuitions déjouées par les résultats électoraux. Les Verts ont, malgré tout, traduit dans leur participation dans les institutions cette intention. Insuffisant pour faire rêver.

Coincés entre le grand frère gestionnaire et une gauche radicale nourrie au déclassement d’une frange croissante du corps social, le parti écologiste est à un tournant de son histoire. L’échéance européenne en dira l’issue.

De ma balade dans l’Alafama, je retenais la mutation perceptible de ce quartier : la « gentrification » aura, tôt ou tard, raison de le résistance tenace du petit peuple des faubourgs. A l’instar de Paris où la ressemblance de classe gagne jusque dans les files d’attente de la poste de la rue des Goncourt. Du coup, les prémisses de l’affrontement Royal/Delanoê me laissaient dans un état de vague indifférence.

Je trouvais dans l’autobiographie de Rupert Everett (1) une attitude potentiellement féconde pour l’avenir. Au delà des demi-dieux et des quarts de célébrités que nous propose le paysage médiatique, la lucidité caustique et distanciée de cet acteur nous indique que, si elle n’est pas un chemin direct vers la réussite, elle est dans la vérité.

Temps maussade ce jour. Cortège des enseignants éclairé entre Bastille et Répu.



(1) « Tapis rouges et autres peaux de bananes », éd. K & B.

07.03.2008

Confessions d'un candidat Vert aux municipales que le doute assaille

Après une ultime « diff’ » avec les copains Verts, la sensation qui est celle de tous les candidats avant une élection me taraude. Non, pas cette peur de ne pas pouvoir sauter l’obstacle mais plutôt une interrogation, vaine, sur ce que nous n’avons pas pu, pas su ou aurions du faire pour accueillir davantage l’assentiment de nos concitoyens.

Localement, il me semble que nous faisons du bon boulot. Le surinvestissement des édiles Vertes est même une source de préoccupation de nos partenaires et des administrations. Sur mon arrondissement, le travail de nos élus de 2001 a débouché sur des réalisations concrètes. Ni tapageuses et encore moins extraordinaires : tout simplement, honnêtes.
De celles qu’on attend d’élus embarqués dans le tourbillon de la vie politique, mêlé de violences sourdes, de vraies amitiés, de petites avancées et de grandes comédies humaines.
Dimanche, les parisiens voteront. Ils voteront avec le provincial débarqué à Paname, notre ville au mystère indéfectible et dans cet arrondissement, le onzième, que je redécouvre à chaque promenade électorale.

Que valent les projets, les nuits politiques sans fins, les renoncements professionnels et ceux, plus indélébiles, de nos vies intimes à côté des aventures faciles et des constructions médiatiques ?


Peu, en réalité. Des années de travail peuvent être balayées en quelques articles faciles, quelques reportages de connivence et en quelques mois, au rythme des promesses et des déceptions liées aux formations politiques. La mienne n’a pas été en reste à ce niveau. Au niveau national, j’entends. Et à chaque coup de pinceau sur nos affiches se répète un autre comme si cela pouvait être le dernier. Un sourire, une main accueillante pour nos tracts et encore un espoir de continuer, une promesse –d’alcoolique ?- de ne plus recommencer nos conneries.

Il y a les donnes tactique et médiatique. Celles qui surdéterminent les comportements en politique. Par exemple, nous assisterions à l’émergence d’une force centriste sensée être moins « sectaire », plus accommodante, qu’un partenaire Vert, certes, exigeants mais souvent brouillon. Il s’agit en réalité d’un préalable à la prochaine séquence présidentielle où les écuries des grands courants politiques testent des alliances et des positionnements « avantageux » pour le jour J.
Les politiques locales sont bien éloignées de ces enjeux.
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Nous votons pourtant pour des politiques municipales. Dans le vide idéologique qui frappe aujourd’hui l’ensemble du champ politique, c’est peut être du « local » qu’on réinventera le « global ». Vielle démarche écologiste.45948d87424aecb402e4ff6e881266ef.jpg

Khedidja, Laure, Hervé, Michelle, Jean-Charles, Delphine, El-Hadj, Anne, Lionel, Nathalie, Philippe, Alexandre, David, Florence,Denise, Alice, Cyril, Michel, Benjamin, Jean-Luc, Christophe, Julien et tant d’autres, partenaires de mes jours et de mes nuits depuis six mois. Luis et tes blagues salaces, Laurent, victime consentante : vos affiches ont bien tenu cette nuit.

Lorsque nous présentions il y a quelques jours notre projet de réhabilitation de la place de la République, nous ne nous doutions pas de l’écho de nos travaux que nous avions peaufiné depuis des mois.
A l’aide d’un peu de matière grise, d’huile de coude et de pas mal de débrouilles, derrière l’élargissement de quelques trottoirs et quelques croquis qui ne devaient ni au hasard ni au coup médiatique, nous faisions tout simplement de la politique.

Honnêtement.

(mur des photos à compléter)
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75d3ba582157bf5a81f4bb10dec7a500.jpgJeu : saurez vous reconnaitre le J7 du MoDem en stationnement ce matin sur la piste cyclable du marché Alexandre Dumas?
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post scriptum : olivier Pagès nous a confirmé ce matin qu'il n'avait pas l'intention de verser les 6000 euros de cotisations d'élus qu'il devait à son ancienne formation depuis 2001.4503fc7e03eeb407f1bc430b11f73dc8.jpg3ecfb42eba214a1b37a49067d4406422.jpg
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05.03.2008

De Sarnez qui dit oui, Bayrou qui dit non?

Le frémissement du Modem, c’est lié à la chute de la droite ?

En tous les cas, gare aux derniers jours de campagne. La "stratégie" affichée par les centristes n'aura jamais été aussi opaque et confuse.

Le MoDem : dans l'immédiat, une opportunité pour Delanöe de diviser par deux le groupe Vert et s’appuyer sur une force d'appoint. Pour faire passer une tour, une construction sur un jardin...

Le MoDem : parti versatile et à compatibilité variable. Un programme bouclé à la va vite, des listes faites de débauchages ; rien de bien effrayant pourtant.

Tant pis si les communistes et une partie du PS toussent : entre l’ivresse d’un grand chelem ou la construction d’une nouvelle gauche durable, le Maire semble hésiter avant de passer l'obstacle.

Car une majorité avec le Modem, c'est aussi la possibilité d'une crise à l’approche de la prochaine présidentielle. Delanöe le conserve à l'esprit. A la fois risque et atout.

Bayrou en difficulté à Pau fait le pari inverse. Il ne voudrait pas de l’alliance à Paris. Trop de proximité de ses élus avec la future majorité, c'est trop de pertes au moment d’entrer en concurrence avec Delanöe.

Parce qu'une fois tout bien pesé, les collaborateurs, les délégations, à côté du soutien au candidat du centre...

Il sera alors plus que temps aux transfuges de l'ex-gauche de retourner au bercail. En Italie, c'est assez courant...et puis, allez comprendre, les électeurs pourraient même y voir une marque de "pragmatisme".

Mme de Sarnez, elle, veut l'alliance sans trop le dire fort.

Un parti sans élu, c'est une perte d'influence considérable y compris au sein de sa propre formation.


On vous l'avait dit : cette affaire du MoDem, c'est rien que du "fond".

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