03.11.2009
Sortie de dépression dans le Paris-Amiens
L'édito de "La Tribune" est sans appel : alors que la France et l'Allemagne s'extirpent de la dépression, l'Angleterre garde un vague souvenir du milieu des années 80.
A cette époque, j’entrais au lycée en même temps que je découvrais les bienfaits du Thatchérisme, expérimenté sur des millions de familles prolétaires.
Dans mon train, je referme le journal et m'assoupis, bercé par le balancement du wagon de seconde classe Paris-Amiens.
Quatre semaines payées au trois-quart par le Comité d’entreprise de l’usine de mon paternel. Un séjour pseudo linguistique à Whistable, charmante bourgade connue pour ses huîtres, près de Canterbury, Kent.
Un été 1985.
A peine descendu du bus qui m’emmenait dans une famille d'accueil, j'étais coursé avec quelques autres nuls en anglais par des zonards vissés sur des mobs pourries. Dérapant autour de nous, malheureux lycéens, encore terrorisés par le souvenir du massacre du stade du Heysel, quelques semaines plus tôt. Accueillis à cœur ouvert par des familles sans le sou, trouvant dans cette hospitalité co-organisée par la CGT et le Trade Union local, une occasion de diversifier leurs maigres allocations.
Ma famille à moi : une mère faisant 15 ans de plus que son âge, vivant seule avec son fils que j’avais pris dans un premier temps pour son mari tant il était déjà assez abîmé : 25 ans à peine. 70 à eux deux. Le double au moins, vu de mes 16 ans.
Deux jours pour s’acclimater à la bande du quartier, recluse dans une zone d’habitation.
Mon lieu de villégiature : des centaines de pavillons en briques rouge, rangés en damiers avec, pour chacun d'eux, un jardinet d'appoint pour la bouffe.
Des maisons-boites à chaussures. Une porte d'entrée qui ouvre sur un escalier systématique desservant la pièce à manger, à dormir et à regarder la télé, les chambres à l’étage, une salle de bains aux normes, pour les familles d’accueil seulement.
La Gare du Nord s'éloigne maintenant et, somnolent, je suis à peine secoué par un rire intérieur : concours de crachats de ma joyeuse bande sur le téléviseur familial dés qu'elle entrevoyait la Reine dans la petite lucarne. Pire, quand c'était la Premier ministre qui se pointait.
Des parties de déconnes comme faire exploser des poubelles au bord de la Tamise, cacher un petit jusqu'à rendre sa mère folle, monter sur des toits en terrorisant des passants complices : rien de bien grave. Des nuits de télé à remater en boucle un film culte, des gamins de 4 ans sur les genoux, toujours avec la pêche, des mères clopes aux becs et l'œil torve, des centaines de bières toujours à portée. Une leçon d'éducation par John Landis qui redessine un rare quartier potable du lointain Londres.
Cette Angleterre-là, faite de violences sourdes sur ses classes populaires, de chômage massif et de relégation, j’ai fini par la ranger dans la case des meilleurs souvenirs d'adolescence.
Des « fukin’ » aux voix rauques féminines, des tartines-tomates au beurre de cacahuète faute d'autre chose, des desserts impossibles à la copine folle du groupe « Wham » qui collectionnait des éphèbes, collés dans son carnet de notes...je passe Creil sans m'en apercevoir.
Quelques pensées fugaces de cette époque se résument le plus souvent à des courses sur la plage, des coupes de cheveux de Lady Di portées par des centaines de milliers de filles plus ou moins jeunes et jolies. Du haut d'une des plus vieille cathédrale de la chrétienté, elles dessinent des vagues dans les rues de Canterbury. Une ville figée au moyen âge, débordant de ses étudiants en uniformes capés et cannés. Ici, les différences de classe se portent en trophées. Un jeune aristocrate entrant dans l'université prestigieuse de la Cité menace de son bâton quand je lui barre involontairement le passage. Sa plastique m'impressionne : le beurre de cacahuète l'a visiblement moins marqué que mes congénères. Je m'écarte un peu, effrayé, en respectant l'ordre naturel des choses.
Un an plus tard, la veille du Bac philo. Ennis et Shaun, le fils de ma famille d’accueil et un de ses potes, débarquent chez moi. 23 heures passées et pas le moindre signe de venue préalable. Ils avaient vendu leur téléviseur pour se payer l’aller sur Bordeaux et ne s'étaient pas encombrés de ces futilités bourgeoises. Nous nous tombons dans les bras : une vraie source d'inspiration pour l'épreuve du lendemain.
De leur bref séjour, une course bruyante dans la rue commerçante principale, la radio poussée le matin jusqu'à provoquer la réprobation de nos voisins, une larme versée par Ennis au moment du barbecue. Avec de la vraie viande partagée avec un père, une mère, un frère : le bonheur introuvable dans la banlieue rouge de Whistable.
L’évocation de l’an passé qu’on ne retrouverait jamais puis des adieux sans illusions.
Et cette mélodie fulgurante du groupe post-punk qui résonne encore dans Bordeaux, l'anglaise. A jamais, capitale de la new-wave et celle de mon adolescence.
Des familles d'outre-Manche viennent en foule flâner sur les berges de la Somme. Je les entends dans mon trajet domicile-travail. Mélange de rêveries et d’époques : juste après Creil, quelques confrontations entre l'Angleterre installée et la misère Picarde. Ici aussi, l'espérance de vie est un peu plus basse qu'ailleurs, l'alcoolisme, un peu plus haut.
Au son d'un mp3 au volume trop fort, une remontée nostalgique pas très saine. Je me souviens que mes pauvres amis dansaient avec une certaine classe sur le son de ce groupe New romantic.
Ennis a vendu tout ce qu’il avait pour monter son entreprise de lavage de carreaux. Plus jamais entendu parler. Des éclats de rires dévoilant des dentitions aléatoires, des amitiés fraternelles, le quotidien à remplir à coups de larcins pour fuir un futur improbable. C’est dans un tiroir du bonheur que j’ai définitivement rangé 1985.
Cette année-là, un pays s'écroulait. Le conservatisme à l'état brut avait décidé de restructurer l'industrie minière et tout le reste. Les familles organisaient la solidarité ouvrière en distribuant des portions de légumes frais. Le soir entre gens de la mêmes classes, nous passions quelques nuits dans le cimetière de whistable. En rejouant notre clip préféré, nous mations, allongés, les étoiles.
L'Angleterre : la depression à perpétuité?
Fort heureusement, les amortisseurs sociaux du modèle français repoussent toujours plus loin l'horreur du modèle britannique, à jamais enfoui dans nos fantasmes de la réussite hexagonale.
00:12 Publié dans classé X, Perso, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-marc pasquet, 1985, vacance, codes sociaux
31.10.2009
Petite histoire de l'hiver qui approche
De souvenir d’enfant, je n’ai jamais vu mes parents avoir une autre lecture que celle du quotidien d’informations locales. Aucune bibliothèque avant que mon frère aîné atteigne l’âge du collège. Le premier dictionnaire familial a bien fait ses quinze ans avant « qu’il ne soit fatigué » et donc remplaçable.
Fainéasses, sont les consciences « Taylorisées ».
Et pourtant, l’impensable fut possible.
Miraculeux, dès lors que l’aîné se mit à engloutir tous les classiques de la littérature. Aussi déplacé qu’une progéniture de notaire montra quelque frénésie à s’y entendre sur la mécanique du moteur à combustion, du fraisage ou du placage.
Nous assistions des Dimanches entiers à cette incongruité littéraire fruit de nulle part en s’interrogeant sur ce divin appétit. Nous n’en trouvions aucune explication.
Pour nous, la fin de la semaine était plus longue à passer, partagée entre le réconfort du labeur hebdomadaire achevé et l’inquiétude de ce temps trop libéré pour être vraiment utile.
Heureusement, les taches ménagères et tout ce qui n’a pas eu le temps d’avoir été fait dans la semaine ont raison d’une bonne partie des congés du week-end parental.
Quant aux « drôles » du quartier qui ne s’intéressent pas à la lecture, une écrasante majorité dans les environs, ils se rejoignent sur le parking de l’Eglise.
L’ennui en hiver rend les rencontres brèves et incite aux programmes télé alors que les chaleurs estivales les rendent plus imaginatives.
Les ateliers mécaniques à deux pas sont à moitié abandonnés ainsi que la maison de l’ancien gardien des logements sociaux à proximité. Les toits y sont facilement accessibles et deviennent les terrains d’atterrissage d’où on peut casser les tessons de bouteilles sur la cour en contrebas. Voire, servir de points d’appuis lorsqu’une montée d’adrénaline d’une journée à rien foutre pousse à sauter la hauteur des deux mètres du mur en brique.
23:26 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire, hiver, ennui
17.08.2009
La Région Picardie élargit son crédit gratuit écologique aux systèmes de chauffage
Le Conseil Régional de Picardie enregistre une accélération de la diffusion de ses prêts à taux zéro en faveur de l'isolation des logements : le cap des 3 000 prêts est aujourd'hui dépassé. Avec l'élargissement de la gamme de son « Picardie Avantage » aux chaudières à bois, à certaines pompes à chaleur il a également augmenté les montants plafond : jusqu'à 15 000 euros à 0%. De quoi faciliter le retour sur investissement et rendre plus accessible socialement ces équipements écolos.
Qu'est ce qu'une pompe à chaleur?
Ce sont ces gros appareils pas toujours gracieux et ressemblant à des clims, pompant de l’air frais à l’extérieur (ou dans le sol) pour restituer, en comprimant les calories qu’il contient, de l’air chaud dans votre intérieur.
Ce procédé est d’un rendement calorique et écologique très bon : leur bilan énergétique est particulièrement performant. Pour 1 calorie dépensée, l’énergie thermique restituée peu atteindre les 4 !
Le problème, c’est que ces équipements marchaient jusqu’à maintenant pour le neuf : les « caloporteurs » (les canaux qui portent le liquide transportant la chaleur) n’élevaient la température qu’à 35 à 40°c environ. Insuffisant pour les radiateurs anciens.
Selon le mensuel « Enjeux-Les Echos », le centre de recherche EDF Les Renardières a développé une PAC haute performance montant à 60°c environ. Le rendement est de 1 à 3, tout à fait respectable et utilisable prochainement pour l’ancien.
Un fabricant spécialisé est sur le coup.
Avec une bonne isolation, une pompe à chaleur pour un logement de 100m2 = 3/4 de gaz à effet de serre en moins = facture d'énergie /4 !!
Point de luxe à l'heure où l'Insee révèle que le cout de l'énergie s'est accru de 15% en seulement une année.
18:55 Publié dans Economie, Energie, entreprises, Environnement, politiques publiques, Social, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pompe à chaleur, énergie, thermique, efficacité
20.07.2009
Fenêtre sur cour rue Goncourt
Température d'automne mais ambiance estivale de l'autre côté de ma fenêtre.
Une voisine prend sa douche du soir chaque fois que je pianote mon ordinateur. La case éclairée à côté, c’est un papy qui laisse tout ouvert. Même en temps polaire, il doit bien aérer de quoi faire passer la température de son logement dans la zone du zéro degré.
Dans ma rue, ce petit monde animé vit au rythme de l'actualité.
Tout en bas, au pied de mon immeuble, trois personnes sans domicile fixe ont bercé le quartier toute la soirée au rythme d’une compilation de Michael Jackson. On entend les fenêtres s’entre ouvrir. Accoudée à la sienne, la voisine de la douche me sourit. Allongé sur un canapé avec un bouquin, ma tête doit dépasser de la fenêtre du salon, ouverte aux curieux de la rue.
« She was more like a beauty queen from a movie scene
I said dont mind, but what do you mean I am the one
Who will dance on the floor in the round… »
Le vieux monsieur saute sur son balcon à des sonorités de quand j’étais presque pas né. Celle-ci doit lui rappeler sa trentaine bien tassée. Est-elle partie ? Presque 40 ans qu’il l’attend là…
"Oh baby give me one more chance
(show you that I love you)
Won't you please let me
(back in your heart)
Oh darlin' I was blind to let you go
(let you go baby)
But now since I see you in his arms
(I want you back)
Yes I do now
(I want you back)
Ooh ooh baby
(I want you back)
Ya ya ya ya
(I want you back)
Na na na na"
Ah buh buh buh buh…
Cet après midi, le roi de la Pop a encore fédéré une bonne partie de la rue Goncourt et réveillé pas mal de souvenirs.
00:51 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, jackson, goncourt
12.07.2009
Définition du travail des enfants
Le travail des enfants est la participation de personnes mineures à des activités à finalité économique et s’apparentant plus ou moins fortement à l’exercice d’une profession par un adulte.
Au niveau international, l’Organisation internationale du travail (OIT)1 le définit en comparant l’âge à la pénibilité de la tâche, du moins pour les enfants de plus de douze ans.
Concert à l'Olympia des Jackson 5 le novembre 1972. Le père était dans la salle.
01:38 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jackson, enfance
11.07.2009
L'ascenseur social
Chaque fois qu’elle m’offrait le parafeur et son profil gauche, Madame Clément ouvrait une brèche dans l’espace temps. 9 642 jours plus tôt, je quittais Carolyn dont le contour du visage se confondait avec celui de ma secrétaire. Chaque matin, en arrivant chez « Capricorne », je tentais de masquer à mon entourage le feu intérieur que déclenchait la bande son de l’ascenseur. Le gardien de notre immeuble avait vissé à tout jamais « Pretty young thing » qui dégueulait de la montée de 9h02.
Sur ces mêmes rythmes accélérés par Quincy Jones, Carolyn me disait adieu le jour de mon vingt troisième anniversaire. Elle me plantait sur un quai de métro pour filer vers une carrière trop rapide. Deux hivers plus tôt, nous nous étions rencontrés sur ce même petit chef d’œuvre, sorti des haut parleurs saturés d’un bus en partance vers une station de ski familiale. Quelques présentations plus tard, nous envisagions des fiançailles sur ces notes de feu Michael : c’était « notre » chanson à tout jamais.
Et puis…
Le matin de la mort du Dieu de la Pop, des touches de l’ascenseur de la tour Capricorne semblaient manquer. La musique avait disparu et le silence suscitait à mes collègues comme à moi un sentiment proche de la gêne. Cloîtrés dans notre cage ascendante, on devinait au travers des parois le sifflet de notre gardien. La mélodie de 9h02 perçait comme un souvenir d’un ami défunt à qui on n’avait fini par ne plus faire attention.
Les parafeurs de Madame Clément se firent de plus en plus lourd et je dû me résoudre à la licencier.
05:33 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jackson, jeunesse, carrière
18.06.2009
"Think tanks" : des outils pour demain (3)
Toutes les victoires politiques sont précédées d'une refondation idéologique : la révolution Thatcherienne, la résurgence de la pensée démocrate Clintonienne, la domination Blairiste du début des années 2000...rien de tel pour la gauche française, écartée du pouvoir depuis bientôt une décennie.
Selon une majorité d'observateurs, les centres de recherche français sont trop peu nombreux, trop pauvres ou trop enfermés dans le giron de l’Etat ce qui pénalise leur influence européenne. La spécificité française, identifiée comme telle en Europe , vient du conformisme des élites, de leurs origines (sociales, d’études…) et de leur manière de penser, fortement empreinte de « l’élitisme républicain » jacobin (1).
Par ailleurs, les vrais centres de recherche français souffrent d’un manque de connexion avec les centres de décision ce qui reflète la méfiance récurrente de l’Etat et de l’administration française vis-à-vis de la société civile. L’université française est pauvre et rétive à ce rôle d’influence tandis que les entreprises, jusqu’à récemment faiblement incitées au soutien à la recherche indépendante se sont peu investies dans le secteur.
Exemple de conséquences de cette bataille d’influence : en juin 2000, à l’époque des « négociations » entre les 15 sur la fiscalité de l’épargne. Quand la France défendait le prélèvement à la source pour décourager les fraudeurs d’expatrier leur argent, les britanniques ont financé des « think tanks » qui ont produit un « papier » pesant le « pour et le contre » et ont conclu « en toute objectivité » à un système alternatif « d’échanges d’informations, plus efficace », d’autant qu’il n’entrerait pas en conflit avec le secret bancaire de la Suisse, alliée dans cette circonstance à la Grande-Bretagne. Ils ont eu gain de cause.
Les lignes de force bougent timidement. En France, les fondations qui ne financent pas des « think tanks » mais sont elle mêmes « think tanks ». Proches des partis de droite telles que la Fondation pour l’Innovation Politique (FIP) ou l’Institut Montaigne, elles sont offensives mais en phase avec le « mainstream » des « think tanks » européens. Proches des partis de gauche telles que la Fondation Jean Jaurès ou plus récemment Terra Nova (PS) ou Gabriel-Péri (présidée par Robert Hue), elles sont encore balbutiantes. Côté gauche radicale, on peut constater que la Fondation Copernic ne publie que deux à trois notes par an, disponibles sur son site. Quelques initiatives privées telles que Notre europe ou la République des idées publient et font de la recherche mais ont peu l’écoute des décideurs.
(1) « Think Tanks Accross the Nation, a comparative approach », étude publiée en 1998 qui souligne notamment le poids des personnels politiques français et des cabinets relativement endogames (ENA…)
13:48 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : think tank, idées, histoire, bruxelles, france...
01.06.2009
Relax : Denise et Jean-Jacques go to L'Ile-Saint-Denis
Jean-Jacques et Denise : deux écolos. Jean Jacques et Denise, c’est comme Adam et Eve, Coca et Pepsi, Ringo et Sheila, Sylvie et Johnny, Eva et Dany, Saillor et Lula. Je ne me souviens plus bien quand on s’est rencontré la première fois. C’était quand ? Pendant les municipales ? Un peu avant. De ces rencontres improbables. Dans ce monde endogame qui compartimente, cloisonne, range dans les cases, ils ont pris une masse pour péter ce pourquoi on se retrouve un peu con juste après avoir demandé : « et toi, tu fais quoi ? ». Intermittents du spectacle, permanents de nos happenings : Jean-Jacques et Denise arrivent pile poil avec le bon matos, à la bonne heure et à la bonne humeur...et nous sauvent des naufrages.
Alors, quand depuis plus d’un an, leur recherche de local s’éternise, on se dit que le prix de l’immobilier va avoir raison de nos artisans de la culture. Contraints au grand départ parce que la grande ville repousse toujours plus loin ceux qui souhaitent produire de nouveaux artistes dès lors qu’ils souhaitent un peu de place et font un peu de bruit le soir. Notre cité s’aseptise. Une guitare dans un bar : on porte plainte pour tapage. Une initiative hors des murs assermentés : des heures pour obtenir les autorisations. Un lieu qui se libère : trop de risques pour assurer le 30€ le mètre carré. Aussi, quand Lionel et Luis ont posé le dernier micro-onde, quand Agnès a poussé la dernière plante verte dans le camion du déménagement, je suis parti faire une course. Un peu triste.
Monsieur Bourgain. Monsieur le Maire de l’Ile St Denis, vous allez accueillir Jean-Jacques et Denise. Deux pépites. Prenez-en bien soin. Dans ce Paris engoncé, vous voudrez bien nous les prêter de temps en temps. Sachez en tirer le meilleur parti comme ils ont tiré le meilleur de nous-mêmes pendant ces mois.
Quelqu'un a demandé l'autre soir à la petite Rokette :
-Mais comment ils se sont connus, au fait ces deux-là ?
C'était juste avant une face B Disco...
Oui, c’est comme çaaaaaaaaa…….
Jean-Jacques et Denis quittent Paname pour l’Ile St Denis. Ils pourront ainsi développer dans de meilleurs conditions leur activité de production d’artistes.
18:56 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ile saint denis, culture, paris
13.05.2009
Soirée beauf au Bataclan
Même quand on veut intéresser les gens à cette campagne européenne, il se trouve toujours un gros beauf pour tout vous foutre en l’air. Tenez, par exemple, ce soir, on était avec nos tracts devant le Bataclan et on tombe sur le concert d’Orelsan. Véritable génie du compte en banque de sa maison de disque. Face-à-face, un groupe de manifestant-es (féministes, Verts, mouvements LGBT…) aussi imposant que la file d’attente, elle, composée de très jeunes ados. On va dire, 25 ans d’écart en moyenne entre les deux files. Pas franchement de dialogue non plus.
Alors nous, en bon démocrate, on est pris entre deux sentiments. Celui qu’on met sous le tapis quand tel leader politique fait des « blagues » sur les juifs ou des sous entendus sur « un immigré tombe dans la Seine ». Beaucoup de second degré, selon lui. Et puis l’autre sentiment, qui reprend le dessus juste après, sans dissoudre malgré tout ce petit malaise qu’on est pile poil dans le plan de com’ des marchands du Temple.
On pousse le raisonnement en se demandant comment je saute sur mon clavier pour écrire un communiqué dans le premier cas et pourquoi je dois consulter les instances dans le second. Pourquoi aussi, en contradiction avec la liberté d’expression, j’ai pu penser à certains moments qu’il ne fallait pas donner l’antenne à tel populiste gras et comment je me mets à trouver du temps pour me questionner sur un produit sans talent d’un bizness sans vergogne.
Une partie de la réponse m’est venue en lisant la prose du directeur du label du pantin qui prend la pose dés qu’on le prend en photo. Lumineux, quand l’artiste veut péter dans la chanson (c’est pour de rire) la jambe de sa copine : « Il joue sur la provocation, comme il peut d'ailleurs le faire aussi avec les filles ». Didactique, sur son homophobie supposée : « Orelsan dit clairement qu'il est fan de Freddie Mercury ». Eclairant, le breton borgne a perdu son œil « en défendant un ami arabe ». Non, ça, c’est le service de com’ du Front National qui le rappelle. Et Christine Boutin a aussi plein d'amis homos qu'elle trouve super rigolos.
Alors bien sur, je vous vois vous remuer sur votre siège devant l’écran en cogitant le pourquoi du « c’est pas vraiment pareil ». Question de perception. Laissons de côté Oreltruc. Nous devenons tolérant face à une violence croissante, c'est l'air du temps. Nous filtrons ces messages selon notre bagage culturel. Parfois, le filtre fonctionne, parfois, il s'est barré en sucette. Des appels au meurtre fussent-ils « au second degré » passent au relativisme de l’émetteur. De vagues considérations sociologiques nous viennent aux lèvres pour évacuer des pensées coupables de ne pas vivre avec les "classes dangereuses", passées au tambour des majors du disque. On lève la tête dans certains cas, on condamne dans l’autre, parfois la même phrase. Beaucoup plus rarement, on porte une attention au récepteur du message et à la petite musique qu’on laisse s’installer.
Pour les marchands de musique, nous sommes tous égaux devant notre portefeuille. Tous-tes adultes. Que des entreprises privées réalisent leur profit sur le terreau de la bêtise ou de la crédulité humaine, c’est vieux comme le monde. Qu’elles se fassent passer pour des gardiens de la liberté d’expression, il se trouvera toujours des « idiots utiles » pour leur donner les clés. Qu’on manifeste notre désapprobation au public qui s’abandonne à une esthétique de la mort, de la violence faite au faible, c’est peut-être réveiller un instinct de vie. Qu’il se trouve des institutions publiques pour servir cette soupe, c’est ramener la vocation de l’outil au niveau de celle des marchands. Et ca aussi c'est trés tendance.
Tracts mouillés à la main, nous rêvions déjà au,lendemain…
------------------------------------
Le comité local de paris 11éme organise une rencontre à la Petite Roquette ce jeudi 14 Mai de 18 à 21h: 6 rue Saint Maur, Paris 11ème, Métro :Voltaire.
Solidarité, métissage, échanges et (sans) prise de bec: Voilà l'Europe que nous voulons, et une soirée dédiée aux cultures alternatives.
Europe Ecologie Paris 11ème vous donne RDV à la Petite Roquette, 6 rue Saint Maur. Chacun peut apporter à boire et à manger.
Merci de nous dire !
L'équipe de campagne
Europe Ecologie
01 53 19 53 37/38/39
23:01 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : orelsan, bataclan, manif
28.04.2009
Secrets de famille
Il y a eu ce mariage.
Déjà qu’à l’approche de la trentaine, ca craignait un peu mais là…
A la veille de la cérémonie, patatras. Va te faire foutre. La mariée annonce qu’elle se barre, comme ça, sans raison.
On avait pourtant tout prévu : la maison louée par trop loin de celle des beaux-parents, la cuisinière, un splendide jeu de serviette et ses gants assortis, tout le bastringue de la cuisine, les tasses et cuillères, un chien. Par terre. C’est quoi ce bordel ? Putain, je me suis pris une de ces rouste quand j’ai posé la question.
Il semble que la mariée ait couchée avec les boches en 42, qu’elle a eu deux trois copines gouines en 46 et qu’elle ait entretenue une relation avec un commerçant juif et communiste pendant quelque temps aussi, juste avant l’Algérie. En 1962, on avait déjà atteint le quota.
21:51 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : famille, secret



