30.04.2008
Retraite : pourquoi la solution ne passe pas par l'allongement de la durée de cotisation
La réforme de 2003 a choisi d’équilibrer le système des retraites par le report progressif de l’âge de départ à la retraite, ceci par l’allongement de la durée de cotisation requise pour avoir droit à une retraite à taux plein. Le choix inverse, augmenter les taux de cotisation, a été fait partout en Europe.
Pour contrer l’esprit de la réforme du gouvernement en cours, les syndicats peuvent faire valoir à juste titre que la France reste encore trop éloignée du plein emploi, que les taux d’activité des seniors ne sont pas encore en hausse sensible et que le changement de mentalité des entreprises n’a pas eu lieu. Quelle que soit la décision prise, impulser la mobilisation sociale pour l’emploi des seniors est urgent. L’allongement de la durée de cotisation requise n’a de sens que si, effectivement, la durée d’activité s’allonge. Sinon, de nombreux seniors se retrouveraient sans emploi et devraient arbitrer entre une retraite précoce avec un bas taux de remplacement ou une longue période de pauvreté avec comme seule ressource une allocation de chômeur en fin de droits, avant d’avoir droit à une retraite à taux plein. Selon des données de l’OFCE, le taux d’emploi des hommes entre 55 et 60 ans n’a pas varié de manière significative depuis 1990 et le taux d’emploi après 60 ans a eu tendance à diminuer. Pour les femmes, la hausse est limitée aux moins de 60 ans et l’on n’observe pas non plus de remontée significative du taux d’emploi après 60 ans. A taux de remplacement fixe, la solution passe donc par une hausse des cotisations et/ou par l’élargissement de l’assiette du financement. Quant aux norvégiens, ils ont trouvé une solution : ils délocalisent leurs retraités…08:55 Publié dans Politique, politiques publiques, Social, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : retraite, réforme, fillion
25.04.2008
Sarkozy au divan, Fillion au charbon
Ce qui dépasse la vague impression de « re-présidentialisation » de Nicolas Sarkozy, c’est ce sentiment plus profond qui nous habite presque tous qu’il serait un peu « comme nous ». Ses passages à l’acte parfois surprenants révèlent une fragilité de sa personne (narcissique ?) en réalité peu rassurante.
Hier soir, le président a paru paralysé par les contraintes dont il nous a promis pendant la campagne- à coups de discours de M Guaino- qu’il allait nous en affranchir significativement. Au lieu de quoi, les dysfonctionnements gouvernementaux tromperaient presque le citoyen sur les changements que le pays est en train de vivre. Des revisites des cartes judiciaires, hospitalières et bientôt militaires en passant par l’amorce du dé-tricotage des corps de la fonction publique ou la réforme universitaire, son premier ministre semble d’abord s’intéresser à l’après demain sans beaucoup entendre la colère immédiate du pouvoir d’achat et de la difficulté de vivre.00:20 Publié dans Médias, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, fillion, réforme, promesse, résultat
17.11.2007
L’insoutenable état de crise de l’université française
Une trentaine d'universités paralysées et des inquiétudes exprimées par les étudiants sur la loi du 11 août portant sur l'autonomie de leurs établissements.
Personne ne peut contredire le constat alarmant de l’université française : paupérisation matérielle, faible engagement financier par étudiant au regard des moyennes européennes, déficit d’enseignants, trop peu de bourses et d’aides au logement…
L’article paru sur Paris VIII dans le « canard enchaîné » de la semaine du 20 juin 2007 vient encore compléter le tableau d’une extrême noirceur. Il est même évoqué des étudiants SDF ou qui se prostituent. Ce qui était exception il y a vingt ans est en voie de banalisation.
Mais l’université française, c’est aussi un fonctionnement archaïque dont il serait vain d’envisager une sortie de crise uniquement par des dotations budgétaires supplémentaires.
Faiblesse des pouvoirs des présidents, modes de cooptation endogame et paralysant, naufrage des premiers cycles, imperméabilité de l’université vis à vis du monde de travail toujours relégué « à l’extérieur » et pour « l’après », tout cela participe également de notre exception culturelle.
L’importance du taux de chômage français s’explique notamment par un sous-emploi des moins de vingt cinq ans. Il est probable que la situation de notre université alimente cet état de fait. Parce qu’on le sait bien, et c’est encore plus vrai quand on fait partie des rares chanceux universitaires issus de catégories populaires, la relation au monde du travail pendant ses années d’études supérieures se résume bien souvent par des petits boulots estivaux et mal payés. Sauf pour ceux qui peuvent jouer des relations.
Quand partout en Europe les cursus à l’étranger et les stages qualifiants en entreprise se multiplient, on est encore à recruter chaque année dans notre pays cinq à sept fois plus d’étudiants en psycho qu’en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Très bien pour le niveau général de culture général diront nombre d’étudiants dont je fus.
Cette situation procède de la séparation entre l’enseignement de savoir et celui de savoir faire : elle est totalement artificielle. Pire, elle alimente le « stock » des sans diplômes (+150 000 par an) de la moitié des étudiants de premier cycle, en échec. Une sélection qui ne dit pas son nom et qui produit des centaines de milliers de victimes chaque année.Notre système d'enseignement supérieur génère même moins de fils et de filles d'ouvriers qu'il y a trente ans...
Quant à la différence entre "bonnes et mauvaises facs", cela fait belle lurette qu'elle est opérée par les cabinets de recrutement.
Le principe de l'universalité de l'université est largement entamé, quant à son potentiel d'ascension sociale, il est toujours existant et c'est un motif compréhensible de crainte des étudiants qui ne souhaitent pas de sélection. Du moins, pas de sélection officielle car elle a effectivement lieu massivement. Et par la pire des méthodes : l'échec.
Le gouvernement parle de « sélection » à partir de la maîtrise. La prise en compte du problème de l'échec à ce stade est déjà tardive, la solution évoquée est une impasse. L’écrémage massif se fait les deux premières années. Pour tous les étudiants, cela se pose en terme « d’éviction du diplôme » sans possibilité de retour. Car la spécificité du système universitaire français réside aussi dans sa violence. Toute sortie de cursus est trop souvent prématurée et définitive faute de seconde chance. C’est déjà vrai dans le secondaire !
Cette situation créée des phénomènes anxiogènes insupportables dès lors que la question des « passerelles » (entre monde du travail et enseignement supérieur) n’est pas posée de manière concrète.
Ce n’est pas tant le moment ou l’opportunité de la sélection que les étudiants redoutent. C’est son absence d’alternative. Cet « après» qui ressemble le plus souvent au vide et qui est facteur aussi bien d’échec, de déclassement que de dépressions.
00:45 Publié dans Municipales Paris 2008, politiques publiques, Social, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris 8, université, sélection, réforme, sarkozy


