28.04.2007

Un étonnant débat entre Ségolène Royal et François Bayrou

Un peu étonnant ce débat Royal/Bayrou ce matin sur BFM-TV. Est-ce le cheap de la déco qui lui donnait un savant goût de lieu alternatif ? La prod’ a du jeter à la hâte sur la table une vielle nappe de mariage où trônaient deux verres de champ’. On frissonnait à l’idée qu’une minute à l’autre, un car de police débarqua pour coffrer nos deux complices jouant au « je t’aime, moi non plus ».

En tous cas, on imaginait de l’autre côté de la lucarne un Sarkozy plus furax que jamais. Constatant les réelles convergences sur l’Etat impartial, la réforme des institutions, la question des quartiers…

Les échanges ont mis en exergue de vraies divergences sur les questions économiques mais davantage sur le timing et la méthode. François Bayrou semblait découvrir la nature très « deuxième gauche » du compromis social de Madame Royal, en distance avec la position de son parti.

La candidate de la gauche actait, parfois un peu hâtivement, tout consensus entre eux deux, provoquant les sourires de la salle. Force est de constater que Ségolène Royal fait preuve d’une empathie qui tranche sérieusement avec la position d’attaque et de défensive permanente du candidat de l’UMP.

Ségolène Royal a été beaucoup plus claire sur la question énergétique, François Bayrou « ne voyant pas » comment s’affranchir du dogme nucléaire. Même Al Gore indiquait en fin de son film les scénarios éco-compatibles avec les objectifs de Kyoto.

On écoutera davantage sur ce sujet le débat des primaires des démocrates…américains. La question énergétique est étroitement liée au conflit avec l’Irak et aucun candidat de ce parti n’évoque la relance d’un nucléaire dépendant de ressources d’uranium limitées et d’une exploitation dangereuse.

PS : la réaction démagogique à ce débat de Nicolas Sarkozy, dans une usine, met l'accent sur le fait que ce candidat inscrit la communication en finalité absolue de son action politique. Et cette manière de sortir "des clients", de se servir d'eux pour pointer les autres...

27.04.2007

Avantage à Ségolène Royal

La dynamique des premiers jours de la campagne de second tour est nettement en faveur de Ségolène Royal. Et c’est de son fait. Elle a su engranger habilement les soutiens des autres candidatures de gauche du premier tour en amorçant une ouverture au centre sans faire "la danse du ventre".

Les thématiques mises en avant par Madame Royal sont nettement sociales et c’est bienvenue de la part d’une candidate de gauche. Elle sait également valoriser son « excellence environnementale » en allant à l’essentiel : moratoire sur les OGM, débat sur le nucléaire, plan massif sur l’isolation, investissement dans les énergies renouvelables en créant des emplois non délocalisables. Bref, ses électeurs Verts du premier tour peuvent s’y retrouver.

Côté Sarkozy, sur l’environnement, c’est à pleurer. Un taux de TVA réduit sur le « HQE », c’est-à-dire une part infime du 1% du renouvellement du patrimoine annuel. Ils n’ont pas beaucoup bossé le sujet les Sarkozy’s.


On souhaiterait un peu plus de courage sur la question des sans papiers que demande une analyse lucide de la situation. Ségolène propose le « cas par cas ». Nicolas Sarkozy verse carrément dans la démagogie en faisant le parallèle entre le nombre d’enfants africains en Afrique et ceux potentiellement à scolariser en France. Un peu comme si les migrants traversaient les frontières pour les mêmes raisons et dans les mêmes conditions que son pote Johnny.

Ségolène Royal se démarque également de son concurrent qui ne peut s’empêcher de placer des catégories « la CGT… » contre le reste de la France. La méthode est toujours la même : il isole un problème, cible un public « avec des avantages » et tire à vue. Sur l’image du « guetteur en bas de l’immeuble » qui décourage celui (dans le même immeuble) qui se lève tôt le matin. Fastoche à comprendre le monde selon Sarkozy.

Hier soir, Nicolas Sarkozy a aussi proposé le retour au « capitalisme familial ». Comme si les exemples récents (Smoby…) ne montraient pas que les logiques économiques ne dépassaient pas les questions de constitution de l’actionnariat…

Sa solution de TVA supplémentaire sans hausse des salaires nets ouvre un nouveau risque de baisse du « reste à vivre » des ménages. Il est revenu sur son idée de ne pas imposer et détaxer les heures sups en détricotant les 35 heures. Coût faramineux et danger sur l’emploi concentré de cette manière sur moins de salariés disent nombre d’économistes.

Pas ceux du REXECODE, cités par Nicolas Sarkozy, institut émanant de milieux patronaux.

Sur la santé, assez stupéfait sur la potion miracle de « la franchise de quelques euros par an » pour limiter les dépenses de santé. Hum. Nicolas Sarkozy a fait un laïus sur l’opposition entre le « faire mourir » et le « laisser mourir » qui mériterait d’être développé pour éviter les parallèles douteux.

Sur les questions internationales, c’est assez vite plié pour l’UMP. On « s’indigne », on se dit « préoccupé » on fera remarquer que, on renvoie « à la société civile en Iran ». Démerdez vous, quoi. J’attends le coup de fil de Bush. Et puis bon, « l’élection c’est pas tout »…un relativisme bon teint là où sa concurrente se fait plus interventionniste. Sur le Darfour notamment ainsi que sur la question nucléaire en Iran.

Chez les Sarko, on renvoie le chantier européen à quelques modifications législatives « pour élire un président de l’Europe » là où Ségolène prend le vrai risque de remettre à plat le chantier de la constitution européenne.

24.04.2007

Il faut sauver le soldat Royal : l’emploi

Contrairement à certains qui font la fine bouche sur le style de la candidate, je n’aurai aucun mal à voter pour Ségolène au second tour.

Non pas que je fasse un blocage sur la couleur de son tailleur mais parce qu’il suffit de se tourner quelques minutes du côté de son adversaire pour se calmer tout de suite.

Loin de tomber dans le « tout sauf Sarko », je plaide pour une confrontation des projets. En matière d’emploi, par exemple.


Une proposition phare de Nicolas Sarkozy est l’exonération totale de charge sociale sur les heures supplémentaires pour un coût évalué à prés de 5 milliards d’euros.

C’est à la fois coûteux et dangereux. Coûteux et parce que cela s’ajoute à la liste de courses que le candidat de l’UMP tente de faire croire qu’il est en capacité de les financer. N. Sarkozy reste le candidat de second tour dont le solde du programme est le plus largement déficitaire. On reviendra sur sa proposition de baisser les prélèvements obligatoires deux fois plus que Thatcher n’a pu le faire en deux fois plus de temps.

La mesure d’exonération des charges, quand elle est générale, n’a aucun effet sur l’emploi (effet d’aubaine), il existe plusieurs travaux à ce sujet. Elle aura même l’effet inverse car nous sommes confrontés à une offre de travail déjà insuffisante que monsieur Sarkozy pense cibler sur certains, ceux qui en ont déjà, par rapport à ceux qui n’en n’ont pas.

Le recentrage des allègements sur les bas salaires porté par la candidate de la gauche semble plus porteur en terme d’impact sur l’emploi. Il conviendrait de centrer cette politique sur les très petites entreprises car, on s’en doute, une telle mesure appliquée à la grande distribution par exemple, n’aura que peu d’effet sur le compte de résultat de ces grands groupes alors que ce type d’emploi n’est pas délocalisable.

Ségolène Royal propose dans ce cadre un effort sur les bas salaires. Sa proposition sur le SMIC répond à un besoin évident des salariés tout en générant une demande supplémentaire dont la droite néglige traditionnellement les effets. La proposition de TVA supplémentaire de N. Sarkozy en est une illustration.

La proposition de sécurité sociale professionnelle et la systématisation de la validation des acquis et des compétences (VAE) est aussi portée par la candidate de la gauche. Ce sont d’anciennes et justes revendications syndicales qui répondent aux enjeux d’une formation professionnelle qui est totalement à remettre à plat.

La mise en place d’un revenu de solidarité active (RSA), portée par Emmaüs et reprise par la gauche va également dans le bon sens pour sortir des effets désincitatifs d’une reprise de l’emploi par des travailleurs dont les salaires d’embauches sont faibles.

Enfin, la création de 500 000 emplois tremplins, déjà testée par les régions, répond à des besoins sociaux évidents et va dans le sens des revendications écolo d’un tiers secteur à plus faible productivité dont la vocation est l’insertion par l’économique.

Rien de très nouveau chez monsieur Sarkozy centre son discours sur les « rigidités du contrat de travail »…et pas un mot sur les contrats aidés.

Que celui qui s’est déjà fait virer jette la première critique sur la prétendue rigidité du CDI !